Accueil Date de création : 22/03/08 Dernière mise à jour : 04/06/08 16:13 / 19 articles publiés
 

• Partie 13 • Naya • Visite nocturne  posté le dimanche 27 avril 2008 11:48

 

Je suis réveillé un peu plus tard dans la nuit par le bruit incessant de ma sonnette d'entrée. Quelqu'un prend visiblement un malin plaisir à s'acharner dessus. Je me lève en pestant tout ce que je peux et enfile mon boxer que je retrouve froissé au pied de mon lit.

- Ouais, j'arrive! Je crie d'une voix ensommeillée.

Les sonneries stoppent enfin. C'est pas trop tôt! J'ouvre la porte avec une expression exaspérée. Mon visiteur entre en trombe et claque la porte. Puis je sens deux poings s'abattre violemment sur mon torse. J'écarquille les yeux en reconnaissant mon "agresseur". Colleen.

- Comment est-ce que tu peux me faire ça? Me hurle-t-elle.

Je retiens ses poignets entre mes mains. Elle sanglote et son mascara qui a coulé sous ses yeux lui donne un air de fragilité et de détresse qui ne me laissent pas indifférent. Je la serre fort contre moi. Autant pour l’empêcher de me frapper que la calmer...

- Te faire quoi, princesse?

- Tu... tu....

- Qu'ai-je fait? Je lui demande avec toute la douceur possible.

- Cette fille, Tess...

Je ne comprends pas, mais alors pas du tout.

- Tess? Je répète, légèrement incrédule.

- Tu me trompes avec elle! Sanglote-t-elle.

Le terme « tromper » est un peu trop fort à mon goût. Que je sache on n’est pas vraiment en couple, on a juste couché ensemble... Les femmes ont vraiment du mal à faire la différence entre un plan sexe et une relation durable. Je me justifie tout de même et tente de m’expliquer.

- Non, jamais de la vie. C'est ma meilleure amie.

- Ca, c'est ce que tu dis! Crie-t-elle d'une voix éraillée.

- Je te promets, Colleen, que je ne te trompe pas.

Elle ne répond pas et renifle bruyamment. J’ai envie qu’elle me croit. Et puis, je ne suis pas d’humeur à supporter une crise de nerfs longue durée! Je pose ma main sous son menton et lui fais relever la tête pour la regarder dans les yeux.

- Je ne te trompe pas. Je lui répète avec conviction et sincérité.

- C’est vrai?  Me demande-t-elle avec la voix d’une petite fille qui croit qu’on lui raconte un mensonge.

Je hoche la tête et pose délicatement mes lèvres sur les siennes. Elle s’accroche à mon cou. Cette crise de larmes l’a visiblement épuisée. Envahi par une vague de tendresse je la soulève dans mes bras et l’emmène jusqu’à ma chambre où je la déshabille, puis lui passe un de mes t-shirts. Dans l’état où elle est je me sens obligé de prendre soin d’elle.

- Je crois me souvenir que tu aimes le chocolat chaud avant d’aller dormir. Lui dis-je avec un sourire en lui caressant la joue.

Elle se blottit contre ma main en fermant les yeux et cette vision me serre le cœur. A quel jeu suis-je en train de jouer avec elle? Je fais comme si j’étais amoureux mais au fond de moi je sais qu’il y a encore trop de doutes, trop de questions qui ne trouvent pas de réponse pour que je sache ce que je ressens. Je la fais s’asseoir sur le lit et lui dépose un léger baiser sur le front avant de lui dire:

- Je reviens.

Ce que je fais quelques minutes plus tard avec une tasse de chocolat chaud et quelques madeleines posées sur une assiette, car je sais qu’elle adore ça. Elle se redresse sur le lit et s’assoit en tailleur. Je pose le plateau juste devant elle.

- Tu n’as presque rien mangé au gala. Tu es si mince, un jour tu vas te briser.

- Je ne peux pas me permettre de peser beaucoup plus que mon poids actuel, tu le sais! Et pourtant tu m’amènes des pâtisseries. ..

- C’est vrai, c‘est très mal de ma part. Donc je peux ranger les madeleines si tu n’en veux pas? Je la taquine en sachant déjà comment elle va réagir, faisant mine de reprendre l’assiette.

- Non! S’écrie-t-elle en riant comme une gamine, en la mettant hors de ma portée.

- Tu ne veux même pas m’en donner une?

- Humm. Ca dépend, qu’est-ce que tu me donnes en échange?

Je repousse une mèche de cheveux frisés derrière son oreille et lui demande:

- Que voudrais-tu en échange?

Évidement, en posant cette question je pense à quelque chose de matériel, elle va sûrement me demander une robe haute couture ou un parfum hors de prix...

- Dis-moi que tu m’aimes.

Je suspends automatiquement mon geste. Alors c’est ça qu’elle attend de moi? Que je l’aime? Merde! Je ne veux lui faire de peine mais je ne veux pas non plus lui faire de faux espoirs.

- Je ne peux pas... Je ne veux pas te mentir et je ne sais pas où j’en suis... dis-je d’une voix mal assurée.

- Je comprends, soupire-t-elle.

Moi aussi j’ai envie de soupirer, je l’ai échappé belle!

Elle pose le plateau par terre et rampe vers moi sur le lit. Elle me plaque doucement contre les draps et monte à califourchon sur moi.

- Tu n’es pas fatiguée?

- Plus maintenant. Et toi? S’enquit-elle en se frottant contre mon sexe à travers le boxer.

Oh, fait des plus étranges, je suis parfaitement réveillé d‘un seul coup!

- Non... Pas fatigué du tout...  je lui murmure d’une voix sensuelle en me redressant pour lui ôter le t-shirt que je lui ai enfilé inutilement quelques minutes plus tôt. Mes yeux se promènent sur ses courbes, que je trouvais si parfaites hier encore... Ce soir, je me dis qu’elle est jolie, mais c’est tout. C‘est pourtant le genre de femme que j‘aime depuis toujours: fragile, délicate et douce... Sa peau est pâle, tellement pâle! Pas comme celle de Sam qui a une peau couleur pêche, un peu dorée... Colleen a une toute petite poitrine, elle manque d’arguments! Quand je pense aux formes généreuses de Sam, à cet endroit sa peau doit être encore plus douce que celle de son poignet... « Holà! A quoi tu penses là, Kyle? Interdiction de penser à l’autre enquiquineuse dans un moment pareil! » Colleen m’enlève mon boxer pendant que je me maudits intérieurement. Je réalise soudain que je suis sur le point de faire l’amour à une fille tout en songeant à une autre. C’est malsain. Je ressens un vague dégoût pour moi-même, ce n’est pas très honnête. Je me reprends brusquement et la repousse un peu pour prendre un préservatif dans la table de nuit que je me dépêche d‘enfiler. Puis, saisissant Colleen par les hanches je la fais basculer sous moi et plaque ma bouche sur la sienne. Rapidement, elle halète sous mes caresses et je glisse ma langue dans sa bouche en même temps que je la pénètre. Mes coups de reins se font de plus en plus puissants et je lui arrache des cris qui me poussent encore et toujours à accélérer la cadence. Soudain en proie à un plaisir fou je n’ai plus conscience de rien et je gémis.

- Sam...

Colleen se fige soudain, plus glacée qu’une statue entre mes bras. Je m’arrête brusquement en réalisant ce que je viens de dire.

- Qu’est-ce... Qu’est-ce que tu viens de dire? Me demande-t-elle, la voix hachée.

Je respire bruyamment et secoue la tête en serrant les dents de frustration.

- Je... suis désolé... Excuse-moi...

C’est tout ce que je parviens à prononcer dans un murmure quasi-imperceptible. Elle me gifle avant de me repousser violemment. Tout ça sans que j‘aie la moindre réaction. Elle se rhabille à toute vitesse et je l’entends claquer la porte en partant. Je me laisse tomber sur mon oreiller en fermant les yeux. Eh bien! J’ai tout gagné ce soir...

- C’est juste un fantasme! Je grogne contre mon oreiller. Un putain de fantasme à la con!

Je suis complètement sens dessus dessous et je finis par m’endormir, complètement épuisé.

Le lendemain, je ressemble plus à un zombie qu’autre chose. En voyant ma tête, Tess insiste pour m’emmener faire un tour parce que, d’après elle, j’ai besoin de me changer les idées. Nous voilà donc vers quatre heures de l’après-midi en train de manger des crêpes bourrées de chantilly et de chocolat en centre-ville. L’après-midi ne s’annonce pas trop mal, j’arrive même à sourire malgré mes préoccupations. On va se poser sur les marches du vieux théâtre de la ville, profitant du vent agréablement chaud qui souffle dans ce milieu d’après-midi.

- Quel orage hier soir!

- Je n’y ai pas vraiment fait attention. Je marmonne en mordant dans ma crêpe tout en prenant garde à ne pas mettre de chocolat sur mon sweat-shirt Levi's dont j’ai remonté les manches jusqu’au coude à cause de la chaleur.

- Tu devais être bien préoccupé, ou occupé tout court pour ne pas le remarquer! Relève-t-elle avec un haussement de sourcil ironique.

- Colleen est venue hier soir. J’avoue dans un soupir.

- Et?

- Elle croyait que je la trompais avec toi.

- Quelle idée ridicule! S’exclame-t-elle.

- C’est ce que je lui ai dit. Je l’ai calmée et je l’ai fait rentrer.

Devant le regard réprobateur qu’elle me jette je me récrie:

- Elle pleurait, Tess. Que voulais-tu que je fasse? Que je la laisse sur le pas de la porte dans l’état où elle était?

- Non, tu as raison. Concède-t-elle. Qu’est-ce qu'il s’est passé ensuite?

- Eh bien...

Je n’aime pas trop l’idée de développer le sujet « ma vie sexuelle » mais bon, je me sens tellement mal que ça ne pourra pas être pire.

- On était en train de faire l’amour quand j’ai prononcé le nom d’une autre femme.

Je ne précise pas de quel nom il s’agissait et croise les doigts mentalement pour qu’elle ne me pose pas la question. Elle ouvre grand la bouche mais ne dit rien. Je sais bien que c’est l’offense suprême pour une femme mais qu’est-ce que je peux y faire?

- Et du coup, avant de filer comme une dératée en claquant la porte elle m’a mis une bonne gifle.

- Aïe...

- Oui, comme tu dis! Je m’exclame en me relevant pour aller jeter le reste de ma crêpe dans la poubelle la plus proche avant de revenir m’asseoir à côté d’elle.

Elle ouvre la bouche pour me parler mais au loin quelque chose semble attirer son attention. Elle tire la manche de mon sweat-shirt et m’indique la rue en face.

- Regarde un peu!

Oh, génial! Kasey se balade main dans la main avec Sam. Il s’arrête en plein milieu de la rue pour l’embrasser à pleine bouche, ce qui n’a pas l’air de lui déplaire car elle s’accroche à lui. Je retiens le rire moqueur qui me monte à la gorge.

- Farouche avec les hommes, hein?

- Je suis choquée... murmure Tess.

- Pourquoi ça?

- Ils ne se connaissent que depuis hier soir, ça m’étonne vraiment de Sam.

- Tess, tu ne la connais pas depuis longtemps non plus. Cette fille n’est peut-être tout simplement qu’une traînée qui cache bien son jeu...

Je ne pense pas un mot de ce que je viens de dire et je sens mon estomac se serrer rien qu’à regarder les deux tourtereaux. Un goût bien amer envahit ma bouche.

- Je t’interdis de dire ça de Sam! C’est une fille bien!

- Si tu le dis. Une fille bien qui se tape un mec dès le premier soir...

- Kyle... me menace-t-elle avec un regard mauvais.

- Très bien je ne dis plus rien!

Je regarde Kasey qui est comme une jeune chien fou. Il aime les jolies femmes et Sam en est une. C’est normal qu’il ait jeté son dévolu sur elle, mais elle aurait pu avoir la jugeote de remarquer qu’il n’est qu’un coureur! Quoiqu’il aura peut-être envie d’être sérieux avec elle? Cette pensée devrait me réjouir: Kasey qui deviendrait enfin sérieux! Et pourtant elle me sape définitivement le moral sans que je comprenne pourquoi... Ou plutôt sans que je veuille me l’avouer. « Sam, tu me poses un sacré problème, tu sais... » me dis-je en la regardant s’éloigner avec Kasey. Au pire, s’il envisage une relation sérieuse avec elle je serais le premier à qui il en parlera. Tess me prend par le bras pour rentrer chez nous, je lui ai promis que je l'aiderais à trier des affaires pour bébé que sa mère et ses sœurs lui ont envoyé. Il y a facilement une dizaine de cartons remplis de layettes.

- La vache! Je comprends pourquoi tu m'as demandé de te filer un coup de main!

- Eh oui, ma mère m'a tout envoyé! N'oublie pas que nous sommes six enfants à la maison...

- Comment vont tes frères et soeurs au fait?

- Ils vont bien! Megan déménage à Londres la semaine prochaine.

Megan est la soeur aînée de Tess, elles sont particulièrement proches.

- Ca doit te faire de la peine qu'elle s'installe ailleurs, non?

- Oui, mais c'est la vie! Et puis il me reste encore Dana, Briana, Anthony et Luke!

D'après mes souvenirs Megan est l'aînée, elle a vingt trois ans, Tess est la deuxième du haut de ses vingt et un ans. Ensuite vient Anthony qui est deuxième année de fac de droit, puis Dana en dernière année de lycée et les petits Luke et Briana, les faux jumeaux de six ans. Une joyeuse petite famille en somme.

- Tu as de la chance, d'avoir une famille aussi nombreuse et unie! dis-je à Tess avec envie.

- Oui, c'est vrai! Il faut dire que maman veille de pied ferme à ce que ce soit le cas.

- Ah, Catlyn est impitoyable!  je pouffe en me rapellant la mère de Tess.

- Tu n'as toujours pas de nouvelles de ta soeur, en parlant de ça? s'enquit Tess.

- Non, pas depuis quatre mois.

- Ne t'inquiète pas, tu sais que Lexie a souvent tendance à disparaître sans laisser de signe de vie et elle réapparaît quand on ne s'y attend pas.

- Et puis c'est une grande fille!  je m'exclame tout en ouvrant un carton.

En général, j'évite de parler de ma soeur, et même de penser à elle. Elle a un caractère qui ne s'accorde pas au mien, c'est quelqu'un sur qui je n'ai jamais pu compter bien qu'elle soit mon aînée de deux ans. En plus il se passe parfois des mois sans qu'elle me donne de nouvelles, elle revient quand elle en a envie. Tu parles d'une grande soeur... Je change de sujet brusquement:

- Tess, comment fait-on pour choisir quels vêtements on garde si on ne sait pas quel est le sexe du bébé?

- Eh bien, grand bêta, tu prends les vêtements mixtes!

- Merci!  je rétorque d'un air vexé. Quand est-ce que tu sauras au fait, si c‘est une fille ou un garçon?

- Hum, attends, j’en suis à dix semaines et je crois que c’est vers la quatorzième semaine que l’on peut savoir en allant passer une écographie.

- Je... Je pourrais t’accompagner? Je lui demande timidement.

- Bien sûr, tonton Kyle! Se moque-t-elle gentiment.

- Géant!

Elle rit devant mon enthousiasme.

- Ah! Pause pipi! Crie-t-elle en se ruant dans les toilettes.

Je dépose un carton dans l’entrée pour le ranger dans un placard quand je vois un carnet posé sur une table, près du téléphone. J’y jette un coup d’œil et je vois « Sam, 1613 Revello Drive ». Ah, elle vit dans le « château » -on l’a appelé comme ça car le terrain et le bâtiment sont immenses - que ses grands-parents ont fait construire... J’y allais souvent avec ma mère pour jouer. Et après sa mort aussi... Isabella, la grand-mère de Sam, m’accueillait toujours avec un grand sourire et des cookies tout juste sortis du four préparés par Maria, une gentille domestique que j‘affectionnais particulièrement et qui me chouchoutait toujours trop. Je me demande d’ailleurs si elle est toujours là-bas? Sam a peut-être licencié le personnel en emménageant. Je secoue la tête en repoussant mes souvenirs et mes questions dans un coin de mon esprit. J’ai grandi, ça appartient au passé tout ça et je ne suis pas près de remettre les pieds au domaine Miller!

Lundi matin. Il fait moche et je suis d’humeur maussade, en plus j’ai une tonne de paperasse à remplir et des chiffres à consulter.

- Salut! Braille Kasey en entrant en trombe dans mon bureau.

- Salut. Réponds-je platement en examinant des dossiers pleins de chiffres barbants.

- Tu vas bien? Tu as passé un bon week-end? Me demande-t-il sur un ton qui sous-entend que c’est son cas.

- Si on veut. Et toi? Je demande avec un faux air détaché.

- Tu ne devineras jamais avec qui j’ai passé le week-end!

- Dis-moi un peu.

- Samantha Miller!

- Ah! Et ?

- Oh mec! Fait-il en se laissant tomber dans un fauteuil qui trône en face de mon bureau.

- Traduction, je te prie?

- C’est une bombe au pieu! Articule-t-il lentement, détachant avec délectation les syllabes, un sourire béat aux lèvres.

Je m’en doutais! J’ai la gorge serrée en pensant qu’il l’a touchée, caressée, qu’il a posé ses lèvres sur sa peau que j’ai à peine effleurée...

- Ah, tu es amoureux?

Je lève discrètement les yeux de mon dossier pour voir sa réaction qui ne me surprend pas: il éclate de rire.

- Kyle, toi et tes sentiments! Bien sûr que non! Mais je compte bien passer de bons moments avec elle!

- Et tu la laisseras quand tu seras lassé, comme tu fais avec toutes les autres, c’est ça? Je marmonne entre mes dents serrées.

Il a des yeux ronds comme des soucoupes.

- Pourquoi es-tu aussi agressif ?

Je me replonge dans ma paperasse en grommelant:

- Je ne suis pas agressif du tout!

- Si, tu l’es! Tu t’es disputé avec Colleen?

Je ne réponds pas.

- Je sais qu’elle est venue chez toi samedi soir.

- Comment le sais-tu?

- Je m’en suis douté, elle était furax après toi.

- Eh bien maintenant elle l’est encore plus!

- Qu’est-ce que t’as fait?

- Un truc pas correct.

- Non? Kyle Laurens, le lover sentimental aurait fait quelque chose de pas correct? Je n’y crois pas! Se moque-t-il.

Je claque violemment mon dossier sur le bureau.

- Ta gueule Kasey.

- Hé, du calme, Kyle. Quoi que tu aies fait je n’y suis pour rien! tente-t-il de m'apaiser avec un tremblement dans la voix.

Je lui lance un regard assassin et lui conseille sur un ton d'avertissement:

- Je crois que tu ferais mieux d’aller travailler.

Il ne demande pas son reste, comme d’habitude, et file dans son bureau. Pff! Dom Juan d’opérette! Ah! Quand il s’agit d’amener une nana dans son lit on joue le malin mais pour le reste! Je me lève et contemple la rue de la baie vitrée. Mes yeux se posent sur une boutique de fleuristes en contrebas. Je croise les bras et pour la première fois depuis deux jours, un vrai sourire naît sur mes lèvres. Je viens d’avoir une idée. J’enfile ma veste et quitte le bureau à toute vitesse, complètement excité et motivé par cette idée que je viens d’avoir. Je pénètre dans la boutique avec l’air d’un demeuré congénital et une jeune fille qui tient la caisse me demande, hésitante:

- Bonjour monsieur, je peux faire quelque chose pour vous?

- Bonjour! Oui! Dites-moi, vos bouquets, vous les livrez à domicile?

- Euh, oui, bien sûr!

- C’est merveilleux!

Elle me regarde d’un air dubitatif.

- Hum, dans ce cas préparez-moi un magnifique bouquet de roses blanches, s’il vous plaît.

Je vois des cartes posées sur un présentoir et en saisit une, elle est rose pâle, simple et raffinée.

- Je vous prends ça aussi!

Je sors mon stylo plume de la poche intérieure de ma veste et écris juste:«  Pardon. K.L. »

Quelques minutes plus tard, la jeune femme revient avec un superbe bouquet parfumé entre les mains.

- Vous convient-il?

- Il est parfait! Je m’exclame avec un sourire ravi.

- A quelle adresse doit-on le livrer?

- 1613 Revello Drive, à Mademoiselle Samantha Miller! Il sera livré aujourd’hui même, n’est-ce pas?

- Absolument!

- Fantastique!

Je règle la note et repars travailler le cœur léger. Je me demande ce que Sam va penser de ça? J’ai décidé de faire de la concurrence à Kasey. Bon, elle m’agace: elle est arrogante, fière, têtue et a la langue bien pendue, mais que ne ferais-je pas pour une fille aussi jolie! Et puis, je dois bien me faire pardonner de l’avoir plantée sur le parking, non? Je me remets à consulter mes papiers, un sourire diabolique aux lèvres.

En fin de journée j’ai besoin de me changer les idées et me rends au Blue Flamingo, mon bar préféré. Je prends place sur un des tabourets du bar. Lenny me gratifie d’un sourire amical et me tend la main que je serre en lui rendant son sourire.

- Kyle! Comment ça va ce soir?

- Bien Lenny et toi?

- Bof, les affaires en ce moment ce n’est pas trop ça!

- J’ai remarqué qu’il n’y avait pas foule, en effet.

- C’est comme ça depuis quelques jours, depuis qu’il y a un nouveau bar qui a ouvert dans la rue d’à côté. Les gens sont attirés par la nouveauté, que veux-tu!

- Oui, mais tu as une clientèle fidèle, Lenny. En tout cas tu restes mon barman préféré! Je m’exclame en lui faisant un clin d’œil.

- Qu’est-ce que tu veux boire, mon ami?

- Un Mexican, s’il te plaît!

- Oh, un cocktail!

- Ouais, est-ce hors de tes capacités, monsieur le barman? Parce que je peux toujours aller au bar de la rue d’à côté! Je le menace en riant.

- Malheureux! Tu l’as dans dix secondes ton cocktail!

Après avoir bu un Mexican, un Tequila Sunrise, un Manhattan et trois whisky-coca, je rentre chez moi... Complètement sâoul! Bon, je tiens encore debout, mais j’ai un sourire débile sur le visage. Dans un éclair de lucidité je me dis que j’aurais peut-être dû manger quelque chose avant de picoler...

- Trop tard! Je fanfaronne à haute voix en zigzaguant un peu sur le trottoir.

Je rentre chez moi et à la place de prendre mes trois pauvres minutes habituelles pour monter jusqu’à mon appartement, j'en mets dix. Je m’effondre sur mon sofa tout habillé. Et j’aurais sans doute passé la nuit à ronfler bruyamment sur ce même canapé dans une pose bien peu sexy si personne n’avait eu la brillante idée de venir sonner chez moi! Visiblement, ça devient une habitude de me rendre des visites en plein milieu de la nuit! La bouche pâteuse, le regard vitreux, je me rends dans l'entrée pour déverrouiller la porte.

- Ooh! Je m’exclame en ouvrant. Quelle surprise!

Il y a des visites nocturnes qui paraissent très agréables... Avec un sourire ressemblant plus à une grimace qu'autre chose j’invite mon visiteur à entrer.

 

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