Accueil Date de création : 22/03/08 Dernière mise à jour : 04/06/08 16:13 / 19 articles publiés
 

• Partie 5 • Naya • L and W  posté le dimanche 30 mars 2008 01:58

- Non, non et non! peste Blake en faisant de grands gestes avec ses mains.

Depuis deux heures, on essaye, en vain, de le persuader de revoir un de ses modèles.

- Blake, écoute-moi! Je le concède, ce modèle est magnifique, originale, innovant, audacieux. MAIS, dis-je en insistant bien sur ce mot, il ne se vendra pas. Je ne peux pas le mettre dans la collection.

Le regard de Kasey passe de Blake à moi avec indécision. Il a vaguement tenté d’argumenter dans mon sens au début, mais lorsque Blake lui a jeté un regard meurtrier il a préféré se tasser au fond du fauteuil dans lequel il a pris place en arrivant.

- Pourquoi ça ? reprend le styliste, avec sur le visage, la moue d’un gamin qui viendrait de se faire gronder par sa mère.

Je soupire, pour la vingtième fois je vais tenter de lui expliquer. Je me lève lentement car je commence à avoir mal aux jambes. Dieu seul sait à quel point j’ai horreur de rester inactif et de bavarder inutilement. Je pose très calmement mes mains à plat sur le bureau. J’inspire un grand coup. En espérant que c’est la dernière fois que j’ai à répéter ce que je qualifierais presque de litanie...

- Car, mon cher, nous visons un gamme d’acheteurs modestes. Ce qui signifie que, même si nous créons toujours des produits de qualité, nous devons les rendre portables au quotidien. Il doit s’agir de tenues qu’on peut mettre tous les jours, or, ce modèle, dis-je en posant un doigt sur le croquis posé devant moi, sans quitter un seul instant Blake des yeux, est un modèle trop excentrique pour des gens... plus modestes que ceux que nous avons l’habitude de vêtir.

Il pose les mains sur ses hanches et semble réfléchir. J’espère que cette fois mes arguments ont porté parce que cette discussion commence vraiment à me taper sur les nerfs.

- Et si je le revois et que je le simplifie ?demande-t-il timidement avec un air suppliant.

- Dans ce cas, d’accord, mais je veux que ce soit rapide. Si tu tiens vraiment à ce qu’il soit dans la nouvelle collection, tu dois le déposer lundi matin dernier délai sur mon bureau. On est bien d’accord ?

- Oui.

Dignement, il reprend le croquis et sort en claquant la porte derrière lui. Kasey soupire:

- J’ai vraiment cru que tu n’arriverais jamais à lui faire entendre raison! Qu’il est borné! s’esclaffe-t-il.

- Tu ne m’as pas beaucoup aidé, faut dire! maugrée-je.

- Bon j’y vais, j’ai du boulot. dit-il en se levant. Maintenant que j’ai une idée globale de ce que la collection va donner, je vais contacter les agences de mannequins.

- Hum.

Je range une pile de dossiers qui traînent sur mon bureau, tout en plaisantant intérieurement. Je secoue la tête tout en pensant que, parfois, Blake a des idées farfelues . Je m’apprête à sortir pour aller chercher un café qui me remettrait miraculeusement sur pieds lorsque ma secrétaire m’annonce par interphone:

- Monsieur, il y a un appel pour vous.

- De qui?

- La police.

J’ai un moment de flottement. Qu’est-ce que les flics peuvent bien me vouloir?

- Je prends l’appel, Lucy.

Je décroche mon téléphone et entend le bip qui signifie que l’appel m’est transmis. Est-ce qu’un jour j’aurais la paix? Je marmonne un « fait chier » entre mes dents et c’est d’un ton peu amène que j’entame la discussion.

- Allô.

- Allô! Monsieur Laurens?

- Lui-même. Et vous êtes?

- Inspecteur Tucker Watts.

- Que puis-je pour vous, inspecteur Watts?

- Connaissez-vous un homme du nom de Tyler Wilkerson?

Je fouille dans ma mémoire... Wilkerson... Tyler Wilkerson. Ouais, je connais.

- En effet. C’est un de mes employés, il travaille à la comptabilité. Pourquoi ?

J’ignore pour quelle raison mais je me dis soudain que ça sent très mauvais, cette histoire.

- Écoutez, si vous avez du temps à m’accorder je vais passer à votre bureau avec mon collègue d'ici une vingtaine de minutes, pour vous expliquer de quoi il s’agit.

Il a dû deviner mon agacement et ma réticence, ce qui n’est pas bien difficile vu le peu d’amabilité que je lui ai témoigné, et il s'empresse d'ajouter:

- C’est très important.

- J’imagine que je n’ai pas le choix. Je vous attends.

 

Je raccroche et me dirige vers la porte en me demandant ce qui va encore me tomber dessus. Quel est le problème avec ce type? Je réfléchis et je me dis que ce matin en passant devant les bureaux de la compta, le sien était vide. Serait-il mort ? Bah, j’aimais pas sa tronche de toute façon, je hausse les épaules en lançant un vague « Pff », et Lucy me regarde avec une moue inquiète.

- Vous désirez quelque chose, monsieur Laurens ?

- Si vous pouviez aller me chercher un café, et l’apporter dans mon bureau, s’il vous plaît.

- Oui, j’y vais de suite. dit-elle en se levant précipitamment pour rejoindre dans l'ascenseur.

La cafétéria est deux étages plus bas. Habituellement je vais chercher mon café moi-même profitant de cette petite « pause » pour parler à certains employés et faire le tour des bureaux aux différents étages, mais là j'ai la flemme...

Je m’apprête à retourner dans le bureau quand je vois que la porte de celui de Kasey n’est pas fermée. Depuis toujours il a la sale habitude de ne jamais fermer derrière lui, sauf quand il s‘agit de mon bureau, je lui ai reproché tellement de fois que ça a dû le marquer... Après un court instant de réflexion, je me dis qu’après tout, c’est lui qui a engagé ce type, donc il est concerné... J’avance et toque doucement à sa porte, tout en regardant ce qu’il fait par l’entrebâillement. Il est au téléphone et en m’apercevant il me fait signe d’entrer avec sa main libre.

- Oui, c’est ça. La nouvelle collection d’L&W... Envoyez moi un book , je ferais une sélection et éventuellement vous recontacterais si je trouve mon bonheur parmi vos mannequins. Au revoir.

Il raccroche, et me dit avec un air idiot:

- Bah alors, je te manque déjà? Il n’y a même pas cinq minutes que j’ai quitté ton bureau, qu’est-ce qui se passe?

Je m’appuie à l’encadrement de la porte et croise les bras sur mon torse, avec sur le visage nulle autre expression que celle de l‘ennui, je fais toujours ça pour cacher le fait que je suis inquiet ou en colère, ça me donne une contenance et les gens s‘imaginent que je ne flippe jamais. Quand tu dois diriger une entreprise ça aide, le self-control... Une des grandes leçons de vie que mon père m'a donnée: ne jamais montrer ce qu’on ressent, « dans le monde des affaires tu es entouré de gens manipulateurs qui ne cherchent qu’à te soutirer de l’argent, tu dois être intraitable, Kyle. Un requin, ni plus, ni moins... ». J’efface rapidement l’image de mon père qui vient de s’imposer à moi et lance à Kasey:

- Quand je t’aurais dit ce qui m’amène tu rigoleras peut-être moins.

En voyant mon air sérieux il perd son sourire et penche la tête sur le côté en attendant que je réponde. Une ombre d’inquiétude passe dans ses yeux.

- La police m’a appelé. Un inspecteur voulait me parler de ce type que tu as engagé à la compta, Tyler Wilkerson.

Incapable de cacher sa surprise il demande brusquement:

- Pourquoi?

- Je sais pas! Là, ils sont en route pour venir m’expliquer ce qu’il se passe. Je crois que tu devrais être là pendant l’entretien, c’est toi qui l’a engagé après tout! dis-je avec désinvolture feinte, reprenant déjà le chemin de mon bureau.

Moi aussi je laisse la porte entrouverte, de toute façon sous peu ce bureau sera rempli de gens avec lesquels je n’ai aucune envie de discuter et de perdre mon temps mais autant être prêt à les « accueillir »...

Je joue l’indifférent mais j’espère que cette histoire n’est pas si importante. Autrement je crois que ma confiance en Kasey sera sérieusement entamée... C’est bien son genre d’embaucher quelqu’un sans vérifier ses références avant! Quelle merde, j’étais en déplacement le jour où il a engagé ce mec. Je suis incapable de m'asseoir, je fais les cent pas, puis j’entends Lucy entrer discrètement et poser mon café sur le bureau:

- Merci. lui dis-je sans même la regarder.

Elle se retourne pour partir mais je la retiens.

- Lucy ? Deux inspecteurs vont bientôt arriver. D'ici quelques minutes je pense... Et ...

J'ai du mal à rassembler mes idées. Entre la dispute avec Tess, Blake qui nous fait une crise de deux heures pour une robe excentrique et immettable, et les flics qui m'appellent pour me parler d’un comptable engagé sur un coup de tête par mon associé sans prendre la peine de vérifier s'il était fiable, je crois que j'ai ma dose d'emmerdes pour la journée! Je pose la main droite sur ma tempe et garde le silence quelques secondes. Puis comme à mon habitude, je me reprends brusquement.

- Vous les laisserez entrer immédiatement.

Elle hoche la tête et ferme doucement la porte derrière elle.

 

Je me poste devant la vitre gigantesque qui donne sur la rue et regarde en bas. A première vue, les deux inspecteurs ne sont pas encore arrivés... Je sirote une première gorgée de café et grimace: il manque de sucre. Je déteste ce qui est amer... Tant pis. Kasey me rejoint, il se tord les mains avec anxiété et se lance dans maintes conjectures sur ce Wilkerson, que je préfère ne pas écouter pour éviter d’ajouter à mon stress.

- Kasey, cesse de flipper, t'es ridicule. lui dis-je d’un ton dur.

- T’es marrant toi! Qu’est-ce qu’on va apprendre sur ce gars à ton avis ?

- J’en sais strictement rien. Mais c’est pas en te faisant dessus parce que t’es mort de trouille à l’idée d’avoir engagé un type à tort que ça va changer quelque chose. Comme dit le dicton « La peur n’évite pas le danger »...

- Tu m’énerves! A te voir aussi calme on dirait que tu t‘en fous complètement!

- Faut bien qu’il y en ait un de nous qui assume les conneries de l’autre et qui gère un minimum, qu’est-ce que tu veux que je te dise.

Il ne répond pas, je m’en veux un peu de le vexer comme ça. Il déteste qu’on mette le doigt sur ce petit défaut. Il n’assume rien et quand il fait une connerie il vient me voir pour tout arranger, c’est comme ça depuis qu’on a douze ans. J'ai toujours été plus courageux que lui, mais malgré ça il ne m’a jamais fait pitié, au contraire. Depuis quand est-ce que ça me dérange de lui venir en aide et d'être là quand il en a besoin? Au même titre que Tess, il est mon meilleur ami. Les choses évoluent de façon étrange depuis qu'on a pris le contrôle de la société paternelle... Un peu honteux, je lui murmure:

- Pardonne-moi, cette histoire me prend la tête et ça me rend désagréable.

Il se frotte la nuque, embarrassé.

- Bah, c’est rien vas. J’espère que c’est pas trop grave, c’est tout. Je m’en voudrais si suite à un mauvais choix de ma part la société en souffrait. Et toi aussi par la même occasion, c’est toute ta vie cette boîte, tu t’y investis encore plus que moi...

J’ai un rire sans joie et je réplique vertement:

- Ouais. J’ai une vie personnelle tellement merdique que ça me foutrait les boules de foirer ma vie professionnelle aussi.

Bref silence. Je sens qu’il a envie de parler mais il semble se retenir. Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à craindre ma réaction quand il y a quelque chose d’important à m’annoncer? Il me demande tout bas:

- Tu n’as jamais essayé de recontacter Colleen, hein ?

Je me raidis. Conversation désagréable en perspective. C’est bizarre, jusqu’à aujourd’hui il a toujours respecté mon envie de ne pas aborder le sujet « Colleen ». Pourquoi remet-il ça sur le tapis maintenant? Je pensais que ça me ferait plus mal que ça d’en reparler. Je suis plein d’amertume, mais je n’ai plus l’impression de sentir mon cœur se déchirer dans ma poitrine quand j’entends son nom. Deux ans après, c’est plutôt normal, remarque.

- Jamais. Pourquoi je l’aurais fait?

- Parce que tu l’aimais.

- Ouais. Mais la réciproque n’était pas vraie, malheureusement.

Au moment où il allait me répondre on frappe à la porte. Je balance le gobelet qui contenait mon café dans la poubelle, comme un basketteur tenterait de mettre un panier et je dis d’une voix forte:

- Entrez!

La porte s’ouvre sur les deux inspecteurs. La premier que je présume être le dénommé Watts que j’ai eu au téléphone un peu plus tôt s’avance. Son regard passe de Kasey à moi, incertain.

- Lequel d’entre vous est monsieur Laurens ?

- C’est moi. dis-je en prenant place dans mon fauteuil.

- Je suis l’inspecteur Watts, c’est moi qui vous avez eu au téléphone, tout à l’heure. Et voici mon collègue : Miles Turner. Le monsieur avec vous, qui est-ce?

- Mon associé, Kasey Winters. J’ai pensé qu’il devait être là car c’est lui qui a engagé Wilkerson.

Kasey s’avance vers lui et son acolyte pour leur serrer la main, puis revient se poser près de moi comme s’il se sentait mal à l’aise avec deux flics à ses côtés.

- Asseyez-vous, je vous en prie. Vous vouliez me parler de Wilkerson, je vous écoute messieurs. Je suis assez pressé, voyez-vous et j’aimerais en finir très vite avec cette histoire.

Pur mensonge, mais je n’ai pas envie de me coltiner ces deux-là pendant trois heures .

- Bien, tout d’abord nous avons des questions à vous poser.

- Faites donc.

- Depuis combien de temps Tyler Wilkerson travaille t-il pour vous?

- Une quinzaine de jours tout au plus.

- A la comptabilité, vous m’avez dit, c’est bien ça ?

- En effet. Kasey l’a engagé dans ce service.

- Monsieur Winters, comment en êtes-vous venu à engager cet homme? Le connaissiez-vous auparavant?

- Non. En fait, notre comptable a démissionné dernièrement sans crier gare et j’ai été dans l’obligation de trouver quelqu’un dans les plus brefs délais pour le remplacer. En l’absence de Kyle qui était en déplacement j’ai dû prendre une décision tout seul. Et cet homme m’a été recommandé par une connaissance.

- Qui est cette connaissance?

- Le gérant du casino le Sky Palace, Marc Hamilton. J’y vais souvent et c’est devenu un ami, quand je lui ai dit que je cherchais un comptable il m’a tout de suite recommandé ce jeune homme de façon très chaleureuse, j’ai donc contacté monsieur Wilkerson pour savoir s’il était intéressé par une offre d’emploi ici.

Je ne dis rien parce qu’il y a les flics dans la pièce mais autrement il entendrait parler du pays ce trou du cul. Embaucher un type recommandé par un gars qui tient un tripot, non mais qu’est-ce qu’il faut pas entendre... Après leur départ il va en prendre pour son grade.

- Vous n’avez pas cherché à en savoir plus sur la vie de ce monsieur ? Comment se comportait-il?

- Très courtois et poli. Quelqu’un de souriant et d’agréable, très appliqué dans son travail. Vous savez, tant que les employés s’acquittent de leur tâche correctement je ne les poursuis pas et ne cherche pas à en savoir plus. Néanmoins il avait toujours l’air très pressé, je dirais.

- Vous saviez que monsieur Wilkerson cumulait plusieurs emplois dans différentes sociétés? Parmi lesquelles le grand cabinet d’avocats Sims & Co, et un centre d’assistance sociale également. A chaque fois en tant que comptable bien entendu.

- Vraiment? Je n’en est pas été averti. répond Kasey en fronçant les sourcils.

- Rien d’étonnant à çela. Bon, maintenant laissez-moi vous dire pourquoi je suis venu vous voir. Hier soir il a eu un grave accident, dont nous pensons qu’il s’agit peut-être d’une tentative de meurtre.

Kasey a des yeux ronds comme des soucoupes, moi je ne réagis pas, j’attends la suite, qui, j’en suis persuadé, ne va pas me plaire...

- Monsieur Wilkerson détournait les fonds des entreprises pour lesquelles il travaillait. Il a ainsi dérobé des sommes très importantes au casino que gère votre ami, qui n’est autre que son frère, ainsi qu’à toutes les autres entreprises où il était employé. Il amassait tranquillement de coquettes sommes sur son compte en banque sans se faire remarquer et projetait de s’enfuir avec le fruit de ses magouilles. C’est pourquoi nous ne doutons pas qu’il ait tenté de falsifier des chiffres dans les comptes qu’il faisait pour vous.

Kasey semble au bord de la crise d’apoplexie, le pauvre. Je le laisserais bien tremper dans son agonie ambiante pour le punir, mais il me fait de la peine, j’ai presque envie de rire. J’ai stressé pour rien, je me sens plus léger d’un coup.

- Messieurs, désolé de vous décevoir, mais il n’a rien pu faire chez nous.

Ils me fixent tous les trois avec un air incrédule, c’est vraiment comique.

- Pourquoi ça, je vous prie?

- Eh bien, c’est simple voyez-vous. Premièrement en quinze jours il n’aurait pas pu mettre en place sa « magouille » comme vous dites si bien, c’est un délai trop court et falsifier des chiffres, si l’on veut que ça ne se remarque pas, se fait petit à petit.

- En effet, mais monsieur Wilkerson était très intelligent et...

Je lève la main pour l’interrompre. Et je continue, hautain:

- Deuxièmement, sachez qu’en bon PDG qui tient solidement les rênes de son entreprise je fais contrôler les comptes et assiste moi-même à la vérification. Il se trouve que je suis très pointilleux dès qu’il est question d’argent. Il a raté son coup chez nous. Je peux vous assurer que nous n’avons pas été dérobés qu’une quelconque somme, si menue soit elle.

Les deux inspecteurs se lèvent de concert. Watts, que j’ai l’air d’avoir froissé, me dit:

- Dans ce cas c’est parfait, nous partons. Merci d’avoir répondu à nos questions.

- Je vous en prie. Au revoir messieurs.

Je me saisis d’un dossier du dessus de la pile que j’ai rangée tout à l’heure, faisant semblant d’être déjà absorbé par ce qui y figure quand l’inspecteur Turner, qui n’avait rien dit jusque là demande d’un ton neutre:

- Au fait, monsieur Laurens, ou vous-même monsieur Winters...

- Hum?

- Connaîtriez-vous une certaine mademoiselle Samantha Miller?

Si je ressens un choc en entendant ce nom de famille je ne le montre pas. Les Miller, bien sûr que je connais, ma mère était amie avec la vieille femme qui tenait le Sky Palace avec son mari, le casino dont Kasey parlait tout à l’heure. Enfin, je ne connais pas de Samantha... Mais c’est un détail sans importance, d’ailleurs c’est en parfait accord avec lui que je m’entends prononcer:

- Jamais entendu parler!

 

Après le départ de Watts et Turner, je referme vivement le dossier que je faisais semblant d’étudier et le claque sur la pile d’un geste sec. Je me lève et m'approche de Kasey d’un pas délibérément lent, en le fixant méchamment. Plus j’avance, plus il recule. Il me regarde avec l’air du petit chaperon rouge sur le point de se faire dévorer par le grand méchant loup. Pas de chance pour lui, à force de battre en retraite il finit acculé contre le mur alors que je continue ma progression, et prononce d’une voix sourde:

- Recommandé chaleureusement par un ami, hein...

Il ouvre la bouche pour piailler des bribes de phrases.

- Bah, bah tu.. tu sais... Je... Je... Excuse-moi!

Il termine sa phrase par un couinement qui me rappelle vaguement celui d’un d’animal blessé. Je me retiens d’éclater de rire. Une fois près de lui, je l’attrape brutalement, lui maintient fermement la tête sous mon bras droit et lui frotte les cheveux comme on le ferait à un gamin pour chahuter:

- Espèce d’empaffé! Me refais plus jamais une peur pareille!

Après l’avoir martyrisé quelques secondes, je le lâche, explosant de rire. Il me regarde comme si j’étais devenu cinglé.

- Te marre pas, enfoiré!

Je ris de plus belle en voyant sa tête.

- Sérieusement Kasey, il n'y a que toi pour engendrer des situations pareilles!

- J’ai cru que tu allais me tuer!

J’essuie des larmes qui perlent au coin de mes yeux à cause de mon fou rire et lui dit en essayant de reprendre mon calme:

- Franchement, au début, j’ai eu envie de t’étrangler. Mais... on s’en sort bien! Je suis soulagé, c’est pour ça que je ris, je ne me moque pas de toi.

Je secoue la tête.

- Avoue que t’as fait fort, quand même! Un receleur... J’ai hâte de voir ce que tu vas nous engager la prochaine fois!

Il se déride et il commence à rire doucement.

- Oh, avec la chance que j’ai, commence-t-il avec autodérision en levant les bras au ciel, on aura peut être un serial killer à notre service très prochainement!

On éclate de rire tous les deux, en plaisantant sur ce qui aurait pu causer de sérieux problèmes, insouciants. Comme quand on était des ados sans responsabilités et que notre seul soucis était celui de savoir quelle fille on allait inviter au cinéma le samedi soir. Le mal de ventre que j’attrape me force à reprendre peu à peu mon sérieux. Je regarde l’heure à ma montre:

- Pff! Il est déjà midi avec tout ça!

- On va manger? J’ai la dalle après toutes ces émotions!

- Si tu veux. On va où?

- Pas la cafétéria d’ici. Resto? C’est moi qui paye pour me faire pardonner!

- Oh dans ce cas, si c’est toi qui paye, je ne peux pas refuser! Attends-moi dans le hall j’ai un truc à faire avant de partir.

-Ok! dit-il en me tournant le dos, visiblement pressé d’y aller.

Je prends le téléphone et compose le numéro du portable de Tess. Je tombe sur sa messagerie. Deux solutions: soit elle n’a pas envie de me répondre soit elle est vraiment occupée. Mais j’ai tendance à penser que c’est la première option qui est la plus probable...

« Bonjour! Vous êtes bien sur le répondeur de Tess, je suis occupée pour le moment, mais laissez-moi un message avec votre nom et vos coordonnées et je vous rappellerais! »

Je prends une grande inspiration, ma voix est enrouée et les premiers mots ont du mal à sortir.

«  Salut. C’est Kyle, tu sais, ton abruti de meilleur ami... Écoute, je suis désolé pour ce matin, je ne voulais pas m’emporter. C’est juste que je ne supporte pas de te voir malheureuse et surtout je ne savais pas comment réagir par rapport à ce que tu m’as dit... Tout ce que je sais c’est que je ne veux pas rester fâché avec toi et que je suis prêt à t’aider si tu en as besoin... Je voulais t’inviter à venir manger avec Kasey et moi ce midi, vu que tu ne l’as jamais rencontré ça aurait pu être l’occasion, mais bon... Rappelle-moi si tu es d’accord pour que je passe chez toi ce soir, il faut qu’on discute, tu crois pas? A plus tard, passe une bonne journée Tess.»

 

La journée s'achève sans que j'ai la moindre nouvelle d’elle. Il est dix huit heure trente, et Kasey vient de me déposer au garage pour que je récupère ma voiture. Ma Jaguar XK8. Une petite merveille de cabriolet, qui est plutôt abordable par rapport aux autres voitures de sport que j'ai convoitées jusqu'ici... Avant de repartir, je l’examine sur le parking, excité comme un gosse à l’idée de pouvoir me refaire des virées, je passe doucement la main sur le capot en souriant de plaisir anticipé. Je suis capable de passer des heures à rouler dans cette voiture sans destination précise en tête. Quand je pense que je l'ai depuis quatre ans déjà! Quatre ans de bonheur. L'ironie du sort a voulu que ce soit la seule femme dont je ne puisse pas me passer et qui me le rend bien! Enfin, j'exagère peut-être un peu... Et Tess alors? Qu'est-ce qu'elle peut bien faire en ce moment? Pourquoi ne m'a-t-elle pas rappelé? Je réalise, maussade, que c'est la première fois qu'on se dispute en deux ans. J’ouvre la portière avant gauche, enlève ma veste de costume noir, et la balance sur le siège de droite. Je m’installe tranquillement au volant et referme la portière. Je démarre, pose les deux mains sur le volant quelques secondes pour savourer ce contact qui m'a tant manqué, et avec un sourire diabolique j’enclenche la première:

- Allez mon cœur, montre à papa ce que t’as sous le capot!

 

Il est plus de vingt et une heure lorsque je rentre à la résidence. Encore grisé par ma ballade improvisée, je monte avec entrain les escaliers jusqu'à l'étage où se trouve l'appartement de Tess. Je reste un instant devant sa porte, perplexe. Habituellement, il y a toujours de la lumière à cette heure-ci, soit elle m'attend pour manger et discuter soit elle regarde un de ces vieux films d'amour en noir et blancs dont elle raffole... Là, rien, ni son, ni lumière. Elle n'est pas là. Mais qu'est-ce qu'elle fait? Je cherche mon portable dans la poche de ma veste pour vérifier si elle m'a laissé un message. Ah, elle m'a envoyé un texto! Je n'ai même pas entendu la sonnerie.

«  Ok pour parler, mais pas ce soir. Je sors avec Sam. Moi non plus je ne veux pas qu'on reste fâchés. Je t'appelle demain. Bisous. »

Je hausse les sourcils. Sam? C’est qui celui-là? Je rejoins mon appartement, pensif. Je me dépêche de me déshabiller et enfile seulement un bas de pyjama. C'est lorsque mon ventre commence à gargouiller que je réalise que j'ai oublié de dîner, et, comble de malchance, le frigo est vide! Note pour moi-même: aller faire les courses! Mais pour ce soir, c'est foutu, je suis crevé. Tant pis pour moi, mon estomac criera famine jusqu’à demain matin. Tout ce que j'ai ce sont des bières... J'en sors une du frigo, et je vais dans le salon pour m’affaler sur le sofa, posant au passage mes pieds sur la table basse juste devant avant de me saisir de la télécommande et d’allumer la télé: ravi de constater qu’il y a la rediffusion d’un match de base-ball que j’ai loupé la semaine dernière.

- Génial!

En fait, pas tant que ça. Je prends conscience que passer ma soirée entre la rediff d’un match de base-ball, une bière et la solitude, ça ne me branche pas plus que ça. Il me manque une chose, non, deux choses... Un paquet de chips, et quelqu’un avec qui le partager... Finalement, je crois que je vais aller me coucher...



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• Partie 6 • Jordane • De petites découvertes  posté le vendredi 11 avril 2008 22:17

Je raccroche le téléphone, et retourne m’asseoir à table avec Watts et Turner.

-« Vous allez peut-être trouver cela étrange messieurs, mais je ne sais pas. Que faut-il faire ? Allons-nous voir Tye ? »

Je ne me rends même pas compte que des larmes ruissèlent sur mes joues, et je n'ai rien compris à ce que je viens de dire. Et, à en jurer pas leurs têtes, Watts et Turner, non plus. Si je pleure ce n’est pas de bonheur, c’est de rage, en fait j’aurais préféré que Tye ne se réveille jamais après ce qu’il m'a fait.

-« Samantha, vous permettez que je vous appelle par votre prénom, mademoiselle ? »

-« Oui, bien sur ! »

-« Très bien, écoutez, nous savons que cette situation doit être difficile pour vous, c’est pourquoi si vous désirez vous rendre à l’hôpital tout de suite nous comprenons, et pouvons vous y conduire, puis il vous sera toujours possible de passer au poste plus tard. C’est à vous de voir, mais sachez que vous n’êtes pas obligée dans vous y rendre dans l’immédiat.»

-« Très bien, mais je préfère rester ici pour le moment et en finir. »

-« Comme vous voudrez, Samantha, j’ai encore des questions à vous poser, puis-je, ou désirez-vous vous reposer ? »

-« Tucker, elle vient de te dire qu’elle veut en finir, alors vas-y ! »

-« Miles ! Excusez-le, des fois, il ne se rend pas compte de ce qu’il dit. »

-« Ce n’est pas grave, ne vous inquiétez pas, de plus il se trouve qu’il a raison, nous sommes lancés, autant continuer ! »

-« D’accord, puisque vous insistez ! Connaissez-vous Lincoln Redfoot ? »

-« Non, ce prénom ne me dit absolument rien, par contre le nom m’est très familier ».

-« Ah ! Oui. Eh ! Bien, Lincoln et le fils d’ Alexander Redfoot, c’est un nom que vous connaissez bien je crois ? »

-« Oui tout à fait comment savez-vous cela ? »

La peur monte en moi, et Miles Turner le sent, il en joue.

-« Lincoln est en fait Tyler Wilkerson, un pseudonyme bien sur. Saviez-vous qu’il y a tout juste huit mois qu’Alexander Redfoot est sorti de prison ? »

-« Miles, tu vas trop loin, arrête tu vois bien qu’elle est terrorisée ! Samantha s’il vous plait calmez-vous, rassurez-vous s’il devait vous faire du mal, il l’aurait fait il y a bien longtemps… »

-« MAIS IL L'A FAIT ! CET HOMME EST UN MONSTRE ! »

-« S’il vous plait calmez-vous ! Nous savons qu’il abusait de vous quand il était votre beau-père il y a dix ans de cela, il a pris quinze ans de prison ferme, pour escroquerie sur la personne de votre mère mais sa bonne conduite l’a fait sortir plus tôt. »

-« QUOI ! Mais comment une telle chose a pu être possible ?  Cet homme a abusé de moi lorsque j’avais quinze ans. Ma mère m’a mise dehors le jour où je lui ai dit ce qu’il avait osé me faire... J’ai dormi dans la rue à cause de cet homme! J’ai dû faire du mannequina pour m’en sortir. Vous croyez réellement que j’ai envie de me calmer alors qu’il pourrait faire subir à une autre fille le calvaire que j’ai vécu pendant des mois entiers? A craindre qu’il vienne chaque nuits dans ma chambre, en se glissant sous mes draps, m’attirant à lui, me retirant doucement mes vêtements et sentir son pénis contre mon corps, ses mains se baladant partout, écartant mes cuisses, pour enfin le sentir entrer en moi et me faire mal jusqu’à que je puisse plus sentir mon propre corps ? OU bien alors si ce n’était pas la nuit, c’était le matin dans la salle de bain, la cuisine, le salon, dans l’entrée avant de partir pour l’école, ou en rentrant. Dans ces pièces que je ne pouvais pas verrouiller car il avait enlevé tous les cadenas sous un faux prétexte ! Vous voulez que je vous disent heureusement ce n’était pas tous les jours, il lui arrivait de me laisser parfois un, deux ou trois jours tranquille, et c’est en me rappelant tous ça que je devrais me calmer, inspecteur ? »

-« Je suis désolé, je ne voulais pas vous froisser. Pardonnez-moi , ainsi que Miles pour ces atroces souvenirs ... »

-«Veuillez m’excuser moi aussi, mais j’ai si peur de lui! Je perds tout mon sang froid quand on parle de lui ! »

-«Écoutez si vous voulez faire une pause, je comprendrais tout à fait ? »

-« Non, je préfère en finir ! »

-« Eh ! Bien pour la suite je dois vous poser des questions sur votre adolescence et cela risque d’être dur, alors désirez-vous vraiment continuer ? »

-« oui, de toute façon, il fallait bien que ce passé me rattrape, et puis vous savez déjà presque tout alors autant éclaircir les détails manquants ! »

-« Bien ! Alors allons-y, lorsque que Redfoot vous violait, où était votre mère ? »

-« Souvent, elle dormait comme une masse trop saoule pour entendre quoi que soit ou rester éveillée, ou bien elle était sortie pour se faire de l’argent en offrant son corps ! Enfin travailler... »

-« Vous voulez-dire qu’elle se prostituait ? Mais ne sortait-elle pas avec Redfoot ? »

-« Non, elle était strip-teaseuse, mais son cousin Deacon âgé de presque seize ans lui avait fait découvrir les joies de ce sport comme elle disait à l’âge de douze ans pendant des vacances à la mer un été, sans qu’elle ne le désire réellement mais elle n’en n’a jamais rien dit, car elle avait apprécié la chose contrairement à moi ! Quand elle a eu quinze ans elle avait ramené son petit ami à la maison, et mes grands-parents sont rentrés plus tôt que prévu ce jour-là, et vous imaginez la suite, une jeune fille de bonne famille ne peut pas avoir ce genre de comportement, elle a été envoyée dans un centre psychiatrique pour soigner son mal jusqu’à ses dix-huit ans, malheureusement, elle n’avait toujours pas changé, elle avait de très mauvaises fréquentations et mes grands-parents l’ont mise dehors, c’est là qu’elle a trouvé sa vocation à contre cœur, mais ça payait bien. Puis elle a rencontré Alexander. »

-« Ben, dis donc, quelle histoire, c’est à peine croyable ! Et vous dites qu’il la laissait faire ? » S’exclama Turner.

-« Eh bien, elle lui ramenait pas mal d’argent entre les pourboires et les danse privées qu’elle faisait, en allant plus loin qu’une simple danse sans que les patrons le sachent, donc il était heureux, il lui arrivait même de laisser exploser sa joie devant moi, sur une table, contre un mur peu importait ! »

-« Comment savez-vous autant de détails sur la vie « intime » et le passé de votre mère ? »

-« Elle tenait un journal depuis l’âge de seize ans, un an après être entrée dans ce centre, et elle n’a jamais cessé de l’écrire, elle y racontait tout, en particulier ses ébats amoureux. Elle y avait même collé des photos, elle expliquait qu’elle avait tourné plusieurs vidéos pour gagner de l’argent. C’est un jour alors qu’ils étaient sortis, je suis allée dans leur chambre et je suis tombée dessus par hasard en cherchant des pilules pour les migraines. »

-« Comment viviez-vous la situation de débauche de votre mère ? »

-« Eh ! Bien, assez mal je dois dire, mais je ne laissais rien paraître et mentais souvent au sujet de mes parents ! »

-« Effectivement, vous parlez de votre mère , mais votre père alors ? »

-« Je ne l’ai jamais connu, il est parti avant que je naisse, c’était l’une de ses conquêtes d’un soir, Hal, mais elle ne m’en a jamais parlé, je l’ai lu également ! »

-« Je vois, mais vous n’aviez pas peur qu’il vous arrive quelque chose ? »

-« Que voulez- vous qu’il ait pu m’arriver de pire? Que je tombe enceinte? Non ma mère espérait que je ne suivrais pas ses traces, elle me donnait la pilule depuis deux ans, et depuis son erreur avec moi, elle se protégeait aussi très bien croyez-moi ! Pour moi, il était trop tard pour qu’elle avorte. »

-« Eh ! Bien, non pas tant que ça figurez-vous ! Enfin, après vous oui, elle se méfiait visiblement, mais avant, elle a eu un autre enfant, une jeune garçon, elle n’en parlait pas dans son journal ? »

-« Je vous demande pardon? Non, hormis ma naissance il n’a jamais été question d’un autre enfant.»

-« Absolument, je vais vous expliquer. En fait l’amour de votre mère à ses quinze ans, n’est autre qu’Alexander Redfoot, elle est tombée enceinte de lui c’est pour cela qu’elle a été envoyée dans ce centre où elle a laissé son fils, allant le voir parfois. Rassurez-vous, vos grands-parents ont veillé sur lui de loin pour qu’il ne manque jamais de rien. Ce garçon c’est Lincoln. Samantha vous m’écoutez ? »

Je me sens glisser et toucher le sol, je ne peux plus bouger, je ne peux rien faire d’autre que d’entendre des sons, je ne sais pas ce qui m’arrive.

-« Ici, l’inspecteur Watts, Je demande une ambulance au 1613 Revello drive, pour un 16-22, sur une jeune femme de 25 ans. »

En fait je suis simplement tombée dans les pommes pendant un bon moment. Quand je me réveille, je suis à l‘hôpital et il fait nuit. J’ai fait ce malaise suite à la nouvelle de l’accident de Tye, sorti de son coma, qui s’appelle en réalité Lincoln et qui est mon demi-frère... avec qui je sortais, et surtout ai couché, c’est contraire à toute morale…En fait des milliers de questions se bousculaient dans ma tête alors que les inspecteurs me parlaient et je n’ai pas pu me contrôler. Tye enfin Lincoln, savait-il pour nous deux ? Est-ce une idée de son père ? Connaissait-il déjà ses parents ? Pour en savoir plus, je décide d’aller le voir, il me semble que nous sommes dans le même hôpital ! En me levant, je constate que je ne suis branchée à aucun appareil, ni perfusions ou quoi que ce soit d’autres. C’était plutôt bon signe, dans le couloir, il y a déjà un peu plus de lumière et je vois que c’est bien le même hôpital, je cherche mes repères face à la visite d’hier. Je retrouve facilement sa chambre, mais je suis frigorifiée. Je ne sais pas si cela provient d’une peur certaine ou bien du froid qu’il fait dans l’hôpital. La porte de sa chambre est ouverte et j’entends des voix. Je m’avances pour mieux entendre, c’est celle de Tye, euh, Lincoln et un autre homme.

-« Lincoln j’espère que tu n’as rien dis à la police ? »

-« Bien sur que non papa, tu me prends pour un débutant ? De toute façon ils ne savent rien, ils croient encore que je m’appelle Tyler ! »

-« Oui, mais ils finiront bien par le découvrir, Lincoln, et ensuite ils remonteront à moi et je ne veux pas refaire de taule à cause de cette salope qui à foutu ma vie en l’air, en se barrant avec tout le fric alors que c’est moi qui l’ai gagné cet argent. Sans moi, elle n’était rien et sa fichue gamine qui à failli me détruire, heureusement que je tenais la mère. Et toi comment as-tu trouvé la fille ? »

-« Ouais, à mon goût ! Mais je me demande si elle sait à l’heure qu’il est ? Elle n’est pas venue me voir depuis mon réveil.»

-«  Quoi ? Elle n’est pas venue, elle sait tout c’est sûr ! Alors, les flics sont déjà au courant ! Merde écoute. »

-« Papa, tu m’avais dis qu’après tout ça l’argent, la fille, tu me dirais qui est ma mère ? »

-« Oui, je vais te le dire mais avant tu dois mourir ! »

-« Quoi ? Papa, qu’est-ce que tu fais, arrête ! »

-« Ta mère c’est cette salope, et la fille est ta demi-sœur ! Pars en paix mon fils ! »

Tyler, pousse des cris de douleurs, presque inaudibles, son père serre les tuyaux d’oxygène qui lui permettaient de respirer. Étant bandé suite à son accident, il ne peut pas se défendre. Je laisse échapper un soupir lorsque que je n’entends plus rien. Alexander se retourne, je cours le plus vite que je peux malgré la peur qui me paralyse, vers le mur le plus proche pour me cacher, il sort, regarde dans le couloir et ne voit rien, il fait assez sombre pour qu’il ne me remarque pas, mais il n’a rien entendu. Il regarde simplement pour voir s’il n’y a personne et s’enfuit dans un silence total, je n’entends plus que le bip continu qui sort de la chambre de Tyler…

Dans les secondes qui suivent, toute une équipe suivie de la police arrive en courant vers sa chambre, je reconnais les inspecteurs, qui en me voyant stoppent leur course.

-« Samantha, vous êtes réveillée, que faites vous ici ? Comment vous sentez-vous ? »

-« Oui je suis réveillée, je voulais aller voir Tyler, quand… »

Soudain je perds l’équilibre, Turner me retient, et m’aide à m’asseoir sur une chaise pas loin.

-« Samantha, détendez-vous, prenez le temps qu’il vous faut ! Turner reste avec elle, je vais voir Redfoot junior, je reviens, et ne la brusque pas ! »

-« Ok, c’est bon, bien sur tu m’as pris pour un débutant ou quoi ? »

Watts s’éloigna et j’avais du mal à reprendre mon souffle.

-« Comment vous sentez-vous ? Je vois bien que vous n’allez pas courir un marathon, mais vous sentez-vous bien ? »

Cette blague qui d’ordinaire est digne d’un idiot, mais me fait sourire et je fais signe que oui, sous-entendu que je vais bien.

-« Très bien, je vois que vous êtes avec moi, écoutez je tenais à m’excuser pour mes manières un peu brutales parfois. »

-«  Ce n’est pas grave, je suis désolée, vous devez vous dire que je suis une petite nature à succomber chaque fois face aux événements qui se produisent. »

-« Ne vous inquiétez pas, vous êtes forte au contraire, parfois les gens dans votre situation tombent carrément dans le coma pendant quelques jours. Mais vous avez l’air mieux, vous sentez-vous capable de me parler ? »

-« Oui, je crois. »

-« Très bien, que s’est-il passé ? »

-« Je me suis réveillée et j’ai voulu aller voir Tyler pour voir si tout ça n’était pas un mauvais rêve. »

-« Je vois, et vous vous êtes dirigée vers sa chambre, vous avez discuté et là son cœur s’est arrêté ? »

-« Turner ! Qu’est ce que t’avais dis, tu n’as pas pu t’empêcher ! »

-« Non, inspecteur Watts, je me sens mieux, j’ai accepté de parler. »

-« Oh ! Excusez-moi, tous les deux ! Mais allons dans votre chambre pour finir cet interrogatoire si vous le voulez bien ? »

On se dirige dans ma chambre, ou je me recouche sur l’ordre de Watts, et je finis par leur raconter mon récit… Entre deux, les médecins viennent nous dire que ce n’est pas un accident et que quelqu’un a coupé le tuyau d’oxygène et a posé la main sur la bouche du patient, le médecin légiste le prouverait plus tard. Ces éléments collent quasiment avec ma version des faits, ce qui me permet d’être supprimée de la liste des suspects. Reste à prouver que je ne leur ai pas menti au sujet d’Alexander, comme pour me venger. Mais son passé joue plutôt en ma faveur. Ils s’apprêtent à partir quand je reçois la visite de mon médecin, il est 9h à présent, il me fait passer quelques examens et comme je vais bien, je vais pouvoir sortir dans l’après-midi. Watts et Turner me ramènent chez moi. Devant ma demeure, ils me raccompagnent jusqu’à la porte et je leur offre un café.

-« Samantha, il y a quelque chose qui me chiffonne dans votre histoire, vous ne nous avez jamais parlé de vos grands-parents, les connaissiez-vous ? » Me demanda Miles.

-« Non, pas en tant que grands-parents au début, mais comme employeurs, oui, ils m’avaient pris pour un défilé au Sky Palace lors d’une soirée de charité, pour une boîte que tenait le mari d’une amie de ma grand-mère, le genre de boîte qu’on transmet de père en fils, d’ailleurs, il y avait une autre fille avec qui j’étais en compétition: Colleen Matteson, elle aussi mannequin, je crois qu’elle fréquentait le fils du patron, mais ce soir là il n’était pas là, je me souviens d’elle car on ne s’entendait pas elle nous snobait beaucoup trop, elle se voyait déjà la belle fille du grand manitou !

-« A quand remonte ce défilé ? »

-« Eh ! Bien C’était mon dernier défilé, il y a environ deux ans, deux ans et demi. »

-« Dans ce cas quand avez-vous découvert qu’ils étaient vos grands-parents ? »

-« Il y a un ans, quand leur jet privé s’est écrasé, ils m’avaient légué leur fortune, je pense que le défilé était une excuse pour voir ce que j’étais devenue ! »

-« Dans ce cas pourquoi tout cet héritage pour vous, et pas la moitié à Lincoln ? »

-«  Ca, moi je le sais! » Dit Watts.

-« Les Miller seniors ont donné une éducation respectable à Lincoln jusqu'à ses dix-huit ans et lui ont laissé de quoi vivre et faire les meilleures études, jusqu’à ce qu’apparemment son père le retrouve, il y 8 mois. Cependant pour Samantha ce n’était pas possible étant avec sa mère, alors ils ont décidé de lui laisser ce dont elle n'a pas pu profiter avant. »

-« Ok, ça tient débout, mais pour le gérant du Sky palace ? C’est pas censé être le frère de Lincoln ? »

-« Attendez une minute, je crois qu’il y a un malentendu, Tyler, Lincoln enfin peu importe, n’est pas réellement le frère de cet homme ? S’il avait une fausse identité, il a très bien pu inventer cette histoire ? »

-« Comment ce serait possible ? »

-« Alexander Redfoot, aurait deux fils, mais l’un des deux ne porterait pas son nom ? Vous êtes-vous renseigné sur ce… Comment s’appelle-t-il déjà ? »

-« Marc Hamilton. En fait non, il était là du temps de mes grands-parents, il était un ami pour eux, nous nous sommes fait confiance mutuellement, et jusqu’ici ça a parfaitement fonctionné ! »

-« Très bien, Miles, on a du pain sur la planche, il faut que l’on passe dans tous les lieux de travail de Tyler Wilkerson, ainsi que savoir qui est réellement Marc Hamilton. Samantha nous vous laissons sous surveillance au cas ou Redfoot serait dans les parages et nous vous tenons au courant de la suite de l’enquête. Si le nom de la boite de prêt-à-porter vous revient pour votre dernier défilé au casino, appelez-nous. Et merci pour votre aide et coopération face à l’enquête. »

-« Je vous en prie, au revoir, bonne soirée et bon courage ! »

-« A vous aussi ! »

-« Tucker, il n’y a rien qui te dérange dans toute cette enquête, toi ? »

-« Non, Miles, et il faut que tu arrête de voir des suspects partout, et surtout là où il n’y en a pas ! »

-« Je sais pas, cette fille est trop bien pour être vraie, tu vois pas la vie qu’elle a eu jusqu’ici ! »

-« Hey, réveille-toi, de nos jours tout est possible, depuis le film Seven, moi, je crois à tout ! »

-« Pff, n’importe quoi, un flic se laissant berner par un pollar à deux balles !  On aura tout vu ! Moi je te dis qu’elle est louche cette histoire, et c’est pas un film qui me le dit c’est mon instinct de flic ! »

-« Tu dis ça parce qu’en fait, tu es dégoûté qu’une aussi fille jolie soit dans l’enquête et du coup pas dans ton lit ! »

-« Ouais, c’est sûr ça me fout les boules, mais vu qu’elle et sa famille sont cinglées, ça me rassure un peu ! »

-« ALala, Miles Turner, tu changeras jamais ! »

Alors que Watts et Turner partent, je décide de monter me faire couler un bain. Quand j’entends un bruit, je me retourne et….

-« Ahh, mais quel bazar ici ! Oh ! Pardon madame je ne savais pas que vous étiez là. »

-« Bonjour Maria, Oui je suis désolée j’ai eu du monde, et ce se serait trop long à vous raconter, mais laissez je rangerais. »

-« Non mais, vous plaisantez, je suis là pour ça, et puis ça change d’avoir vraiment du concret à ranger plutôt que de briquer des choses qui ne servent pas ! »

-« Comme vous voudrez, je vais prendre un bain. »

-« Voulez-vous que je vous prépare un dîner ensuite ? »

-« Oh ! Mais quelle charmante idée. Merci ».

Je monte, fait couler mon bain et sors un pyjama propre. Je prends le téléphone de ma chambre avec moi, quand je reviens dans la salle d’eau, il y a de la buée partout comme d’habitude, et je vois la mousse flotter partout sur l’eau. Je glisse ma main dans le bain, et décide d’appeler Tess.

-« Allô ! »

-« Tess ? »

-« Oui, qui est-ce ? »

-« Oh ! Désolée, je ne me suis pas présentée, c’est Samantha du centre. »

-« Ah ! Bien sur comment ça va ? »

-« Assez bien et vous ? »

-« Je fais aller disons… »

-« Je vois, écoutez je vais prendre quelques jours de congés et je me demandais, si de passer une soirée chez moi, en banlieue vous tenterez, histoire de vous changer les idées ? »

-« Eh ! bien, c’est à dire que je ne sais pas trop, on se connaît à peine… »

-« Je comprends, mon comportement doit vous paraître déplacé, je suis désolée, parfois je ne sais pas me contrôler, et je suis très maladroite. En vous voyant, je me suis prise d’amitié pour vous je dois dire, et je pensais que c’était réciproque, alors j’avais pensé que… »

-« Oh, non, je vous trouve très sympathique, c’est juste que….Vous voulez que l’on soit amies ? »

-« Oui, pourquoi pas ? »

-« Ce n’est pas contraire à votre règlement ? »

-« Euh, non pas que je sache. »

-« Je ne sais pas quoi pas quoi dire, j’ai tellement de soucis en ce moment que je crois que cela me ferai beaucoup de bien, à vrai dire. »

-« J’en conclu donc que c’est oui ? »

-« Oui ! »

-« Très bien que penses-tu de demain soir ? On devrait se tutoyer maintenant. »

-« Eh, bien je n’ai rien de prévu, pourquoi pas ? J’ai tes coordonnées, c’est au 1613 Revello drive , c’est ça ? »

-« Oui, l’autre adresse, c’est mon appartement en ville ! »

-« Merci, Samantha à demain. »

-« Appelle-moi Sam, vers 20h chez moi ! »

-« Parfait, merci, bonne soirée à demain, SAM... »

-« Merci, toi aussi, à demain. »

Une fois raccroché, je me mets à repenser à ces trois jours de folies, et je me dis que cette histoire est digne d’un bon film, tellement elle semble inconcevable, avec Johnny comme vedette bien sûr. Puis je finis par m’endormir, C’est Maria qui vient me réveiller trois heures plus tard.

-« Sam, je commençais à m’inquiéter, je me demandais ce que vous faisiez ? »

-« Je m’endors beaucoup dans mon bain, ces temps-ci ! »

-« En tout cas vous avez meilleure mine que tout à l’heure . »

-« C’est une bonne chose, mais quelle heure est-il ? »

-«  Il est presque 20h ! »

-« Merci, maria, vous pouvez y aller, à demain. »

-« Merci, mais non, madame, vous savez bien que vous avez une femme de ménage par jour, demain c’est Cristal, à jeudi prochain. »

-« Attendez, est-ce que cela vous intéresserait de venir tous les jours à plein temps ici ? Je vous payerais en conséquence bien sur ! »

-« Mais et les autres ? »

-« Cette situation commence à m’exaspérer. A quoi bon? Je les licencierai avec une bonne compensation ne vous inquiétez pas, et puis il n’y a qu’en vous que j’ai toujours une grande confiance. De plus vous avez toujours été là du temps de mes grands-parents, et cette maison c’est comme si c’était chez vous.»

-« Merci, je suis très touchée, j’accepte. Oh ! J’ai failli oublier, votre dîner est au four, et vous avez eu un coup de fil j’ai tout noté près du téléphone, un policier. Vous n’avez pas de problème au moins Sam ? »

-« Je vous l’ai dit, c’est une histoire bien trop longue, mais tout va bien, je vous assure, rentrez tranquillement. »

Je sors de mon bain encore légèrement tiède, puis descends les escaliers nonchalamment, je regarde près du téléphone, pour appeler toutes mes femmes de ménages et leur annoncer la nouvelle, en demandant qu’elles passent le lendemain matin aux alentours de onze heures ainsi que trois des jardiniers, moins il y aurait de monde ici, mieux ce sera! Puis je décide de rappeler Watts.

-« Watts, j’écoute ! »

-« C’est Samantha Miller, je vous rappelle suite à votre demande. »

-« Oui, bien sur, je voulais vous dire que nous avons enquêté sur Marc Hamilton, il s’avère que son identité est la bonne, aucun faux pas, ni de casier judiciaire, vous avez eu raison de faire confiance à cet homme . Par contre, je dois vous dire qu’il est bien aussi un Redfoot junior, Hamilton est le nom de sa mère, apparemment une femme, ancienne conquête de d’Alexander avant votre mère et juste avant Tyler, il l’a mise enceinte très jeune et l’a abandonnée, puis deux ans plus tard votre demi-frère est né. »

-« Mais lui et Tye... Lincoln se connaissaient-ils ? »

-« Eh ! Bien, nous avons interrogé Marc, sa mère Cynthia était une amie de votre mère, et elles étaient restées en bon terme malgré leur amour pour le même homme, Alexander qui s’est lui toujours occupé de verser une pension à Cynthia, et Marc a été élevé par ses grands-parents, sa mère ayant un peu une vie similaire à la votre ! Jusqu’au jour où elle s’est rangée et a dignement élevé son garçon et finit par lui avouer la vérité sur son père, et son demi-frère. »

-« Oh, cela explique bien des choses, mais comment les frères se sont-ils rencontrés ? »

-« Eh, bien, j’allais y venir, Marc avait déjà ces dix-huit ans alors que Lincoln n’en avait que seize, il à donc pu lui rendre visite au centre et de fil en aiguille ils se sont rapprochés face à l’abandon qu’ils avaient en commun, il s’aidaient mutuellement à porter ce fardeau…et ensuite, il y un an vous connaissez la suite… Mais Monsieur Hamilton, ayant parfaitement coopéré à l’enquête ne verra aucune charge retenue contre lui, et accepte même de témoigner au procès lorsque que nous aurons eu Alexander. »

-« Très bien, me voila plus rassurée, et soulagée je dois dire ! »

-« Voilà, en cas de nouveau éléments dans cette enquête je vous recontacte, soyez sereine vous restez sous protection. Vivez normalement surtout pour ne pas éveiller les soupçons. Demain, nous irons auprès des entreprises pour lesquelles a travaillé Lincoln. Passez une bonne nuit Samantha. »

-« Merci pour tout, à vous aussi. »

Je repose le combiné, je suis soulagée, et pourtant la peur me hante encore. Mon petit ami était en fait mon demi- frère, il est mort, et je n’éprouve rien. L’homme qui m’a violée pendant mon enfance court dans la nature, tous ceux qui m’entourent m’ont quittée, et je suis seule dans une grande maison... Je prends mon assiette et me glisse dans mon lit face à mon écran géant pour regarder Shrek, histoire de me changer les idées et rire un peu car je sais qu’une nuit difficile m’attend, je ne touche même pas à mon repas, je joue simplement avec la nourriture…

Cette nuit là, je fais des cauchemars horribles, je vois Tyler en prison avec son père comme gardien qui le fait sortir, et ils essayent de me tuer par tous les moyens, en me noyant dans mon bain, me poignardant dans la cuisine…. Je suis morte tellement de fois que je me demande si je vais vraiment me réveiller….Quand maria vient me lever.

-« Sam, vous hurlez depuis 10 minutes réveillez-vous, en plus il est 10h, allez debout. Votre petit déjeuner est prêt depuis une demi-heure  »

-« Merci, Maria. Je me douche et je descends »

J’attends encore cinq minutes avant de me lever et voir que ce n’était que des cauchemars, en allant dans la salle de bain, je vois la baignoire et j’ai un frisson, du coup je prends une douche, puis descends prendre mon petit déjeuner.

Une demi-heure plus tard les cinq autres femmes de ménages sont là, ainsi que les trois jardiniers, je leur explique la situation: que désormais je vivrai à plein temps ici et que je n’ai plus besoin de tant de personnel, je payerai leur mois complet bien sur, et leur donne à chacun une très grosse compensation pour leur licenciement, pour leur laisser le temps de se retourner, je leur propose même d’appuyer leurs prochaines candidatures auprès d’employeurs potentiels. Cette matinée me coûte une fortune, mais je suis riche à présent alors l’argent m’importe peu.

Le reste de la journée se déroule tranquillement je me prélasse un peu près de la piscine et il fait beau j’en profite pour ouvrir le toit et peut-être que je prendrai un peu de couleurs. Ce qui me réconforte aussi c’est que ce soir, je ne serai pas seule, Tess sera avec moi et je l’attends avec impatience, et durant la journée Maria est là!


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• Partie 7 • Naya • Colleen  posté le dimanche 13 avril 2008 09:19

Le lendemain matin, il est sept heures trente lorsque je me réveille. Je me redresse dans mon lit, repoussant doucement les draps turquoise, et m'assoit au bord du matelas, les yeux à moitié clos, ébloui par la lumière qui filtre à travers le store que je n'ai pas fermé à fond la veille au soir. Je reste ainsi quelques minutes... Je réalise qu'on est dimanche, et que je ne travaille pas! Oh, bonheur! Je lève les bras au dessus de ma tête pour m'étirer en grognant:

- Allez mon gars, courage!

Je prends une douche rapide, j'enfile une vieux pull noir, et un jean usé mais confortable. Le menton sali de barbe, les cheveux en bataille, je n'ai plus rien du jeune PDG de la grande société de création de mode L&W. Je fouille dans mon placard à chaussures pour retrouver parmi les mocassins et autres pompes chics ma paire de tennis Stan Smith noires et argentées. Je saisis à la volée mes clefs de voiture, mon portefeuille et une veste en jean noire avant de sortir de mon appartement, refermant rapidement derrière moi.

Je passe à la boulangerie la plus proche et achète deux baguettes de pain, quelques croissants, pains au chocolat, et chaussons aux pommes pour le petit déjeuner. J’achète aussi un opéra, le gâteau préféré de Tess, pour ce midi. Je retourne tout de suite à la résidence, et vais directement chez elle. J’hésite à me servir de la clef qu’elle m’a donnée pour entrer dans son appartement, on est en froid après tout... Mais je fais ça pour me faire pardonner, alors elle ne m’en voudra pas. Du moins, je l’espère! Je réfléchis encore un dixième de seconde avant de mettre la clef dans la serrure et ouvrir la porte sans faire de bruit. Il fait noir, les volets sont tous fermés, signe qu'elle dort encore. Tant mieux! Ca me laisse du temps pour tout préparer! Sans bruit, j’ouvre les stores de la cuisine et du salon. Puis, j’ouvre le frigo, range le gâteau et en profite pour sortir une bouteille de jus d’oranges et une bouteille de lait. Je ne vais sûrement pas lui faire de café, elle est enceinte! Je me demande si le café est bon quand on est dans son état? De toute façon, mieux vaut prévenir que guérir, elle boira du chocolat chaud, point à la ligne. Je sors sa tasse préférée, avec des cœurs de couleur rose, violet et pourpre peints dessus, et celle qu’elle a acheté exprès pour les jours où je déjeune avec elle, sur laquelle il y a Taz des Looney Tunes. Je souris en repensant au jour où elle me l’a achetée, me disant que je lui faisais penser à ce personnage, à toujours râler et être mal aimable. Un coup d’œil à son micro ondes me permet de remarquer qu’il est toujours hors service et qu’elle n’en n’a pas encore racheté un. Je vais malheureusement devoir faire chauffer le lait dans une casserole. Je fixe la plaque chauffante avec anxiété, cuisiner a toujours été quelque chose de terrifiant pour moi, je suis incapable de faire cuire des pâtes ou des oeufs correctement et la dernière fois que j’ai tenté de faire réchauffer une pizza dans mon four, je l’ai retrouvée carbonisée... Ce n’est pas par plaisir que je mange au restaurant, je trouve ça lassant, mais je suis vraiment nul aux fourneaux. Je croise les doigts mentalement pour réussir à faire chauffer un peu de lait. Je surveille attentivement la casserole sur la plaque d’un oeil perplexe, lorsque le lait commence à frémir je le retire du feu et partage le contenu de la casserole dans les deux tasses. Je cherche le chocolat en poudre et en met quelques cuillerées dans chaque bol. Bien! Je prends deux verres et verse du jus d’oranges dans chaque. Je sors un plat dans lequel je pose les croissants et autres viennoiseries que j’ai achetées, c’est marrant mais je sais exactement dans quel placard chercher ce dont j’ai besoin, je regarde toujours Tess cuisiner quand elle m’invite à dîner, c’est sûrement pour ça. Je prends deux serviettes en papier et les dépose à côté de chaque bol. Puis à pas de loups, j’entre dans sa chambre. Je reste immobile quelques instants pour laisser à mes yeux le temps de s’accoutumer à l’obscurité. Elle dort, recroquevillée sur elle-même, les poings serrés comme les bébés. Je la regarde, attendri. Je m’agenouille au bord du lit et pose le menton sur mes bras que je viens de caler sur le matelas, ma tête à hauteur de la sienne. Je lui murmure tout doucement:

- Bonjour, petit ange.

Elle soulève lentement ses paupières, me regarde quelques secondes, encore dans le brouillard, puis sourit.

- Bonjour!

Elle se frotte les yeux vigoureusement et s’étire. Elle porte un pyjama rose avec des nounours tenant une fleur entre leurs pattes... Je lui dis, tout bas:

- Quel joli pyjama!

Elle rit comme une enfant, et se contente de me regarder.

- Ca va, ce matin ?

Elle me fait oui de la tête.

- Ca te dit un petit déjeuner préparé avec amour?

- Mmm’ oui!

- Alors, lève-toi!

Je me redresse et vais ouvrir le store de sa chambre.

- Wouah, comme il fait beau! s’exclame-t-elle.

Je lui souris.

- N’est-ce pas? C’est pour ça que tu dois te lever et aller te préparer, il faut profiter de cette belle journée, tu crois pas ?

- Kyle, je veux m’excuser pour...

- Chut! dis-je en lui posant mon index sur les lèvres. On ne discutera pas avant que tu aies pris un bon petit déjeuner et une douche, pour l’instant t‘es encore dans le potage! Après tout ça, on parlera autant que tu le souhaites. Ca marche?

- D‘accord!

Je l’aide à se lever et l’accompagne jusqu’à la cuisine en posant mes mains sur ses épaules. Une fois arrivée devant la table, elle frappe dans ses mains:

- Mon dieu, tu as réussi à faire chauffer du lait, sans le faire déborder et sans provoquer un incendie! Je suis impressionnée!

Je lui réponds, crâneur, les mains enfoncées dans les poches de mon jean:

- Eh oui, je suis fier de moi, tu n’imagines pas!

Je baisse la tête avant de reprendre timidement.

- Mais c’est normal, je l’ai préparé pour toi, alors j’ai fait des efforts...

Elle s’avance vers moi, et je vois que ses yeux sont encore lourds de sommeil. Elle m’enlace en passant ses bras autour de ma taille, posant sa joue contre mon torse.

- Oh, seigneur, si j’avais su que te préparer un simple petit déjeuner me vaudrait le câlin du siècle, je l’aurais fait beaucoup plus tôt!

Amusé, je lui rends son étreinte quelques instants puis, doucement, je l’écarte de moi et lui dis, autoritaire:

- Allez, il faut prendre ton petit déjeuner, jeune fille! Tu dois manger pour deux maintenant!

Nous mangeons dans la bonne humeur et les rires, malgré la dispute de la veille. Tout me paraît tellement facile avec elle. Moins d’une heure plus tard, elle est prête. Je constate qu’elle m’a suivi dans mon choix vestimentaire du jour: un t-shirt blanc à manches longues, un jean délavé qui ressemble fort à un baggy tellement il est déformé, et des baskets en toile blanches.

Nous sortons de la résidence, et rejoignons le parc qui se trouve à cinq minutes de marche de là. On ne le fréquente que très rarement, juste quand on a besoin de se balader et de se changer les idées. Là-bas, on ne croise que quelques joggeurs, et des petits vieux qui promènent leurs chiens. On choisit un banc dans un coin tranquille. Je m’assois, et pose nonchalamment mes bras sur le dossier. Tess, elle, croise ses jambes sur le banc avant de les entourer de ses bras et de poser le menton sur ses genoux. Je ne saurais dire combien de temps on reste ainsi, mais j’attends qu’elle parle. Ce qu’elle se décide à faire au bout d’un long, très long moment.

- Je suis désolée, pour hier.

- Moi aussi.

- Je me suis énervée après toi, alors que tout ce que tu voulais c’était m’aider. Tu sais, j’ai beaucoup réfléchi à tout ce que tu m’as dit.

- Ah?

- Hum. Dis-moi, je t’ai blessé en te comparant à Jeff, n’est-ce pas?

Je considère sa question quelques instants.

- Oui, beaucoup. Le fait que tu m’aies comparé à un type qui ose lever la main sur une femme qui l’aime, et qui, en plus, porte son enfant, ça me met hors de moi.

- Je ne pensais pas ce que j’ai dit...

- Je pense que si. Mais je vais te dire, en toute sincérité: j’ai du mal à accorder ma confiance aux femmes, et je semble peut-être n’avoir aucun respect pour elles selon tes critères de jugement, mais je suis loin d’être un salaud. Du moins je ne le crois pas. C’est vrai, tu as raison, je couche avec des filles sans avoir de sentiments pour elles. Mais je ne leur fais pas espérer de liaison durable, je n’ai jamais fait croire à l’une d’elles que je désirais autre chose qu’une aventure d’un soir, et je m’arrange pour trouver des femmes qui le comprennent très bien.

- Je...

- Laisse-moi finir, s’il te plaît. Je n’ai jamais forcé une femme à faire l’amour avec moi, et je n’ai jamais été violent avec l’une d’elles, qu’importe l’avis que j‘ai à leur sujet. L’idée qu’on puisse frapper une femme me donne envie de vomir. J’ai énormément de mépris pour les hommes qui violentent leurs conjointes. C’est tout simplement minable, et un homme digne de ce nom ne devrait pas recourir à la violence face à une dame. Et ça encore moins s’il prétend l’aimer.

Elle me regarde m'expliquer, avec l'expression de quelqu'un qui comprend qu'il a porté une mauvais jugement.

- J’ai beaucoup de vices, Tess, je l’admets. J’ai mauvais caractère, je me suis forgé une solide carapace et je dissimule beaucoup de choses, mais je ne suis pas un lâche, et encore moins une brute obsédée par le sexe, et j’aimerais que tu le comprennes au cas où ce serait ce que tu penses de moi. Même si, depuis le temps tu devrais savoir que je suis plutôt tendre, tu me connais assez bien pour ça.

Elle acquiesce.

- J’ai dit ça sur le coup de la colère, mais c’est vrai que je n’avais jamais envisagé tes relations sous cet angle. Pour moi, les sentiments sont tellement importants que le fait qu’une relation n’en comporte pas me semble criminel...

Je lui souris, compréhensif.

- J’ai remarqué. Tu es persuadée que je ne sais pas ce que c’est d'aimer, non?

Elle penche la tête avec une moue perplexe:

- Des fois, j’ai l’impression que tu ignores ce qu’est l’amour, et d’autres fois, j’ai l’impression que tu l’as connu, mais que maintenant, tu le rejettes de tout ton être. Mais j’ignore pourquoi.

- Je ne rejette pas vraiment l’amour, disons plutôt que je ne lui permets pas de m’atteindre.

- J’en étais sûre! Tu te protèges en ne cherchant que des aventures sans lendemain!

Je la regarde en haussant les sourcils, et ne prends pas la peine de répondre. Je me remets à fixer les rares promeneurs, attendant que le sujet de conversation change.

- Tu ne veux toujours pas me dire pourquoi de toute évidence...

- Parlons de toi, Tess.

- Euh, oui?

- Pour le bébé, tu es sûre?

Je lui jette un coup d’œil oblique. Elle a l’air heureuse et épanouie malgré la situation.

- Oui, tout à fait sûre!

- Dans ce cas il va falloir nous préparer à l’accueillir correctement, ce petit monstre!

Elle me regarde, un mélange de surprise et de joie sur le visage.

- Tu... Tu vas m’aider? Tu vas rester à mes côtés?

- C’est quoi cette question idiote? Bien sûr! A moins que tu ne le veuilles pas. Mais sache que rien ne me plairait plus que d‘entendre ta progéniture m‘appeler « tonton Kyle »!

- Attends, là, Laurens! J’ai l’impression, très surprenante d‘ailleurs, que tu aimes les enfants?

Je penche la tête, rêveur.

- C’est possible.

- Se pourrait-il qu’un bambin réussisse à t’attendrir et à toucher ton cœur, alors que les femmes que tu as fréquentées jusqu’à maintenant en ont été incapables?

- Tu m’as touchée, toi. Et ce ne sera pas n’importe quel enfant, ce sera le tien... Et je l'aimerais autant que sa maman.

J'ajoute, pour la taquiner:

- Peut-être même plus!

Elle me met une tape sur la cuisse en protestant.

- Hé ho! En tout cas, je suis contente!

- Moi aussi. Dis, qu’est-ce qu’on fait pour le père?

- Je vais laisser tomber avec lui. Tu as raison, il ne mérite pas que je l’aime. Je ne promets pas que je vais effacer mes sentiments pour lui d’un coup de baguette magique, mais je vais essayer de passer au dessus de tout ça.

- Dis donc! Que de sages décisions! Tout ça en une journée!

- Sam m’a conseillée hier soir. On a beaucoup parlé.

Ah, revoilà ce Sam dont il était question dans le texto hier soir. Je crois que je suis jaloux de ce mec, j'ai peur qu'il me "vole" ma meilleure amie, c'est un comportement digne d'un gosse de douze ans mais je ne peux pas m'en empêcher. Je lui demande d'un ton négligeant comme si c'était anodin pour moi:

- Au fait, qui est ce fameux Sam, je ne le connais pas?

Elle a soudain l’air taquine et je n’en comprends pas la raison. Elle hésite, amusée, et pose un doigt sur sa lèvre inférieure avant de me répondre.

- Sam est une personne très précieuse, on se connaît depuis peu mais je sens qu’on va construire une amitié solide et sincère.

J’ai une boule coincée dans la gorge d’un seul coup.

- Ne vas pas me remplacer par un autre meilleur ami, eh?

- Idiot! Ne te fais pas de soucis, il n‘y a aucun risque pour que je te remplace. Et tu verras, quand tu rencontreras Sam, je suis sûre que tu l’aimeras autant que moi je l’apprécie! C’est vraiment quelqu’un de bien, qui te ressemble un peu, je trouve. Vous avez des points communs: la force de caractère, le courage, la détermination. Par contre, je te l’assure, Sam cuisine mieux que toi!

- Oh ça, si tu veux mon avis c’est pas très dur! dis-je pour plaisanter.

Elle reprend son sérieux tout à coup et après avoir déposé un petit baiser sur ma joue, elle me demande:

- Alors ça y est, on est réconciliés?

- Totalement. Hier, j’ai passé une journée horrible à cause de notre brouille. Tu ne crois quand même pas que je pourrais vivre sans toi? Tu es ma meilleure amie, je m'y suis habitué depuis deux ans, et tu sais, j'aurais du mal à me passer de toi...

Ses yeux se mettent à briller sous l'effet de ma déclaration. Pour éviter une crise de larmes et parce que le sentimentalisme me gêne, j'essaie de détendre l'atmosphère en jetant cette remarque bien stupide comme je suis le seul à en avoir le secret:

- Et puis, qui me ferait à manger si tu n'étais plus là?

- Oh, toi alors! dit-elle en me poussant énergiquement sans parvenir à me déloger du banc.

- Hé! Mais quelle furie! Et moi qui pensais que tu étais un ange doux et sensible!

J'emprisonne ses poignets dans mes mains pour l'empêcher de nuire, elle me tire la langue avec insolence et réplique:

- Tu réveilles le démon qui est en moi avec tes remarques!

Je souris de toutes mes dents.

- Je fais souvent cet effet aux femmes, ouais!

- Oh, tu es impossible! dit-elle en se débattant vainement. En plus tu en profites parce que tu es plus fort que moi, gros tas de muscles écervelé!

- Vous devenez insolente, mademoiselle Campbell, prenez garde! Le gros tas de muscles sans cervelle que je suis pourrais bien avoir envie de vous mettre une fessée bien que ce soit contraire à mes principes!

Je lâche ses mains, la menaçant du coup avec les miennes qui sont désormais libres. Elle se met debout brusquement et recule comme pour se sauver, mais je me lève prestement et avant qu’elle ait le temps de faire quoi que ce soit je lui passe un bras tout autour de la taille, en faisant néanmoins attention à ne pas être brutal, je ne voudrais pas faire de mal au bébé.

- Hé là! Où crois-tu aller comme ça?

Elle rit comme une gamine, et ce rire est communicatif, puisque j’entends le mien résonner dans l’allée du parc.

- Allez, ça suffit! On va rentrer maintenant, hum?

Elle me fait signe que oui. Je mets mon bras droit autour de ses épaules et elle met son bras gauche autour de ma taille, et nous repartons chez nous, en discutant joyeusement.

- Et comment va t-on appeler cet enfant?

- Je ne sais pas, je n’ai pas encore réfléchi aux prénoms! Tu as des suggestions?

- Hum, si c’est une demoiselle, Paige ou Amy, et si c’est un petit gars, Rory ou Matthew. Qu’en penses-tu?

- J’adore!

- Normal, j’ai de bons goûts!

- Vantard!

 

 

Lundi matin. Dix heures. Je suis dans mon bureau, revoyant l'organisation du défilé de présentation de la prochaine collection et ses détails. Habituellement, je trouve qu'il n'y a rien de plus chiant à faire, mais comme je suis de bonne humeur je m'en contrefiche royalement. Ma bonne humeur est réelle, mais pas visible. Je fais la même tête que d'habitude, le visage impassible face à mes employés. Je repose les papiers que j'examine, et repense à la journée d’hier, qui s'est déroulée sans encombres. Je suis resté avec Tess jusqu'en milieu d'après-midi, et l’ai accompagnée dans des magasins d'électroménager pour acheter un nouveau micro-ondes. Puis je suis allé faire des courses, car voir mon frigo vide commençait à m’exaspérer!

Je souris en songeant que d’ici sept mois, qui vont me paraître bien longs, je serais « tonton ». J’aimerais que le bébé ressemble à Tess, et qu’il ne tienne absolument pas de son père. Qu’il ait sa gentillesse, sa joie de vivre et son sourire, que ce soit une fille ou un garçon. Il va falloir commencer à aménager une chambre d’enfant, d’ailleurs on va aller faire les boutiques pour ça dès ce week-end. Je suis plongé dans mes pensées lorsque Kasey entre sans frapper et referme vivement la porte derrière lui, l’air exalté et contrarié à la fois.

- Kyle, tu as une minute ou deux à m’accorder?

- Euh, bien sûr. Qu’est-ce qu’il y a?

- J’ai trois nouvelles à t’annoncer. Une bonne et deux mauvaises.

Je fronce les sourcils et inspire une grand coup, me préparant au pire.

- Vas-y, je suis prêt, déballe! Dans l’ordre s’il te plaît.

- Ok! Donc, la bonne nouvelle, c’est que j’ai trouvé l’agence de mannequins avec laquelle on va travailler pour le défilé de la nouvelle collection. Je les ai appelés, et on doit signer le contrat tout à l’heure. Les mannequins correspondent parfaitement à ce qu’on recherche. Ce sont des pros, et c’est une agence très réputée...

Il dit ça sans sourire. Minute... C’était pas sensé être la bonne nouvelle?

- Hum, fais-je sans desserrer la mâchoire, les mains jointes posées sur mon bureau, les deux pouces tapotant régulièrement l’un contre l’autre.

- La première mauvaise nouvelle, commence-t-il en déglutissant, c’est que cette agence c’est... l’agence de Desmond, et que Colleen sera un des mannequins que j’ai sélectionné pour participer au défilé. 

J’ai un choc. C’est une trahison! De la part de mon meilleur ami en plus... Je me dis en moi-même «Garde ton calme, Kyle, de toute façon le contrat n’est pas encore signé, tu es toujours libre de refuser...»

Il guette ma réaction, inquiet... Comme il a raison! Je commence d’une voix traînante:

- Et bien entendu, tu crois que je vais accepter de signer un contrat de travail avec eux? 

- En fait, j’en doute, mais d’un autre côté je me dis que tu peux comprendre que c’est eux qu’il nous faut, Kyle! C’est mon boulot et je sais ce que je fais en les choisissant. Ce sera bénéfique pour la boîte. Colleen est un des mannequins les plus en vue du moment! Elle est sur tous les podiums et c’est un miracle qu’elle ait accepté de travailler avec nous...

Un miracle? Je me marre intérieurement, en ce qui me concerne, j‘appellerais davantage ça un mauvais coup du destin...

- De toute façon, tu ne la croiseras jamais, c’est moi qui s’occupe de gérer les séances photos et tout le reste, tu la verras tellement peu que tu ne penseras même pas qu’elle n’est pas loin.

- Tu crois que ça me réconforte, franchement? dis-je, amer.

- Écoute, commence-t-il en s’énervant, ça fait deux ans que je respecte ta souffrance, mais là il est temps de tirer un trait sur ce qui s’est passé! Ca en devient ridicule, je marche dans ton jeu depuis trop longtemps, en prenant soin d’éviter de parler de Colleen et de Desmond, en prenant soin de ne pas les inviter à retravailler avec nous. Mais là, c’est fini, Kyle, grandis un peu et remets t-en!

Il tape du poing sur le bureau, ce qui à défaut de m’impressionner, me surprend quand même un peu de sa part. S’il croit qu’il m’intimide avec sa crise digne d’une grand mère hystérique, il se trompe lourdement. Je soupire, agacé, avant de lui débiter avec dureté:

- T’as fini, ça y est? Alors maintenant, c’est moi que tu vas écouter, Winters, bien attentivement. Parce que je ne répéterais pas.

Voyant mon air menaçant il perd de sa morgue, et me fixe avec méfiance. Même assis, beaucoup plus bas que lui, je l’impressionne. Je me dis que malgré ses grands airs, il a toujours été, est, et restera un trouillard. Je suis en colère, mais contrairement à lui, je ne m’échauffe pas pour rien et je ne hausse la voix que rarement. Une colère froide et maîtrisée est beaucoup plus impressionnante qu’une crise d’hystérie bruyante.

- Avant de me donner des leçons sur le fait que j’ai du mal à encaisser ce qui s’est produit il y deux ans, tu ferais mieux de prendre l’habitude d’assumer ce que tu fais. Tu me fais une crise minable, tu tapes du poing sur mon bureau. Mais où est-ce que tu te crois? Tu penses m’impressionner, Kasey? Permets-moi de te dire que t’es loin du compte! Et je te préviens, c’est la première et la dernière fois que je tolère ce genre de comportement. Tu veux engager Colleen? Très bien, je signerais, parce que c’est pour le bien de la boîte et que de toute façon, contrairement à ce que tu crois, ça fait longtemps que j’ai fait mon deuil à propos de cette histoire. Je travaillerais avec ce sale arriviste de Curtis Desmond, et avec cette... cette...

Je m’arrête soudain en voyant une silhouette que je connais bien dans l’entrée du bureau. Et une voix féminine, que j’adorais à une époque pas très lointaine de ma vie me dit, avec douceur:

- Je t’en prie, finis ta phrase, Kyle.

Je la regarde, et me lève sous l’effet de la surprise. Elle se tient juste en face de moi. Mon amour d’adolescence. Elle me fixe innocemment avec ses grands yeux améthyste, bordés de longs cils. Ses longs cheveux noirs qui lui arrivent en bas des reins sont brillants et semblent toujours aussi doux que dans mes souvenirs. Dans son visage en forme de cœur, ses petites lèvres roses sont doucement incurvées dans un sourire qui m’est visiblement destiné.

- Colleen?

Kasey nous regarde tour à tour, et croit bon de m’informer dans un murmure:

- C’était ça, l’autre mauvaise nouvelle. Elle est ici...

J’adopte une attitude défensive: repli complet sur moi-même. Je croise les bras, et efface toute trace de surprise de mon visage.

- J’ai remarqué, merci Kasey. lui dis-je, avec une ironie glacée. Tu peux sortir.

Il part sans demander son reste et, une fois seul face à cette femme que je n’ai pas vue de près depuis deux ans, je sens la colère me quitter, pour laisser place à un sentiment de tristesse douloureux et inacceptable. Je l’observe. Elle n’a pas vraiment changé, si ce n’est qu’elle est toujours aussi belle. Son maquillage sophistiqué et sa robe décolletée faite de tissus léger y sont sûrement pour quelque chose... Elle fait de même avec moi. Son regard passe de mes cheveux gominés à mon visage, sur lequel elle s’attarde un long moment, puis descend au niveau de ma chemise noire à fines rayures grises dont j‘ai ouvert les deux premiers boutons du col, et particulièrement sur mon torse qu’elle détaille avec un peu trop d’insistance à mon goût.

- Tu es toujours aussi beau, m’affirme-t-elle, pensive.

Je pince les lèvres et rétorque avec indifférence:

- Ravi que ce que tu vois te plaise.

Je m’assois sur le bord de mon bureau, face à elle, les bras toujours croisés, une jambe balançant dans le vide. Je n’ai pas envie de lui parler, ni de la regarder. Son air angélique m’assassine. Comment ose-t-elle prendre de tels airs après ce qu’elle a fait? Sale garce...

- Comment vas-tu?

Elle a le culot de me demander comment je vais! Je suis décidément en plein cauchemar. Je rétorque avec cynisme:

- Très bien. Merci de t’en préoccuper, bien que tu ne l’aies pas fait ces deux dernières années. Cet intérêt soudain que tu me portes me touche.

Elle a la grâce de feindre d’être gênée.

- Et toi? Toujours avec ce cher Curtis?

- Plus depuis quelques mois.

- Ah? Il n’a plus assez d’argent pour te satisfaire? Ou alors, c’est vrai que maintenant que ta carrière est bien lancée tu n’as plus besoin de lui!

- Arrête! Je te trouve cruel, et injuste.

- Vraiment? Et, dis-moi, tu trouves ça juste de m’avoir quitté pour un type uniquement parce qu’il était plus fortuné que moi et pouvait t’assurer un début de carrière dans une des plus grandes agences de mode à cette époque-là? Tu trouves que ce n’était pas cruel de me plaquer, alors que tu disais m’aimer, le soir même où nous devions fêter nos quatre ans ensemble?

- Je suis désolée.

Je m‘exclame, dépité:

- Pas autant que moi, Colleen! Pas autant que moi; mais, j’ai bien peur que nous ne devions travailler ensemble pendant un moment. Alors je vais endurer ta présence ici, mais n’attends de ma part aucune chaleur et encore moins de la sympathie, que ce soit bien clair entre nous.

- Je ne m’attendais pas à autre chose après ce que je t’ai fait. Et crois-moi, j’ai conscience de t’avoir fait souffrir il y a deux ans. Mais au fond de moi j’avais espéré qu’après tout ce temps...

Elle secoue la tête, et soupire lourdement.

- Qu’avais-tu espéré?

- Que tu me pardonnerais.

- Ben voyons! Rien que ça! Désolé de te le dire mais ce serait trop me demander. Tu m’as fait du mal, beaucoup de mal. Mais aujourd’hui je suis vacciné! Et ce n’est pas parce que tu réapparais avec tes airs de sainte nitouche que ça va changer quoi que ce soit. Je t’aimais, tu m’as trahi, c‘est ainsi que je vois les choses. J’ai du mal à trouver des raisons valables de te pardonner.

- C’est toi qui vois, je ne peux pas te forcer. Mais je suis déçue. Nous étions fiancés, quand même.

- Merci, je m’en souviens parfaitement. Et je me souviens également très bien que ces fiançailles dont tu parles, tu n’as pas hésité à les rompre sans que ça ait l’air de t’atteindre particulièrement.

A mon tour de secouer la tête, avec mépris.

- Ne te moque pas de moi, Colleen, tu l’as déjà assez fait par le passé. Je ne te donnerais pas le loisir de recommencer. Je ne suis plus le jeune homme naïf dont tu as profité pendant quatre ans, souviens toi de ça, au cas où tu avais imaginé je ne sais quel stratagème tordu pour m’escroquer une deuxième fois.

Je fais le tour de mon bureau et retourne m’asseoir, reprenant les feuilles que j’avais délaissées à l’arrivée de Kasey.

- Maintenant, excuse-moi j’ai du travail, alors si tu veux bien... lui dis-je en indiquant la porte d’un mouvement de tête.

- Oui, pardon de t’avoir dérangé.

Elle hésite un instant sur le seuil, puis dit tout bas:

- A plus tard.

Une fois qu’elle est partie, je croise les bras derrière ma nuque, fixant un point imaginaire au plafond. J’aurais préféré que ce « a plus tard » soit plutôt un « adieu », mais grâce à Kasey, ce n’est pas le cas. Note pour moi-même: Penser à le remercier en lui mettant une bonne droite. On toque à la porte, je me redresse pour prendre une pose sérieuse et dit d’entrer à mon visiteur, qui n’est autre que Lucy:

- Monsieur, je peux entrer?

- Bien entendu Lucy, qu’y a-t-il?

- Nous avons reçu une lettre pour vous, il y en a aussi une pour monsieur Winters mais il est introuvable.

- Merci. Pour Kasey, posez-la sur son bureau, il la trouvera en revenant.

- Bien.

L’enveloppe est carrée, en papier crème. Je l’ouvre pour trouver une invitation à une soirée dont le but est d’obtenir de l’argent pour des oeuvres de charités. Voilà un moyen de faire plaisir à maman là où elle est... Elle se rendait toujours à ces soirées caritatives, et versait en générale de gros chèques aux associations. Depuis sa mort je continue ce qu’elle avait commencé, pas par sens du devoir, mais par envie. A quoi bon avoir tant d’argent, si je ne peux pas aider les autres? J’en ai bien assez pour me faire plaisir. Kasey a aussi reçu l’invitation, sauf que lui ne se rend jamais aux réceptions, quant au fait de faire une donation, rien que l’idée de se délester de son précieux argent lui provoque des crises d’urticaire... Eh bien, pour me venger, cette année je vais le traîner avec moi là-bas, de force s’il le faut, ce qui ne sera pas très compliqué. Et puis, s’il a les moyens de s’acheter des voitures qui valent deux fois le prix de la mienne, et de manger au restaurant tous les jours, il peut bien verser un petit chèque pour aider des gens moins chanceux que lui à s’en sortir. La réception a lieu samedi soir. Je mets l’invitation dans la poche de ma veste.

Bon, il faut aller signer ce maudit contrat avec Desmond. Rien que l’idée de voir la tête de cet enfariné me dégoûte, mais bon, quand il faut y aller, il faut y aller! La situation étant ce qu’elle est, il vaudrait mieux pour tout le monde que les choses se passent bien, malgré la haine que je ressens pour lui. Je reboutonne le col de ma chemise, et me dirige vers la salle de réunion. J’ouvre la porte de cette fameuse pièce, et je trouve Kasey et Desmond en train de lire le contrat, en compagnie de Colleen.

- Ah, Kyle! Nous t’attendions!

- Eh bien me voilà.

Curtis se lève et me tend la main, tout sourire. Sale hypocrite. Je tends la main à mon tour, en évitant de montrer ma réticence, et serre la sienne tranquillement, avec fermeté, jusqu’à ce que je sente qu’il accentue sa pression. Il essaye de me faire mal? Alors là, mon gars, si tu veux jouer à ça tu vas être servi... Je sers sa main d’un seul coup et il grimace de douleur. Je n’ai même pas besoin d‘insister, si je l’avais voulu, je la lui aurais déjà brisée. A mon tour de ricaner, mais seule ma bouche sourit, mes yeux, eux, n’expriment que la froideur et le mépris profond que j’éprouve à son égard. Kasey et Colleen assistent à notre joute, impuissants, mal à l’aise, et silencieux.

- Ravi de travailler à nouveau avec vous, Desmond.

Pendant que je débite ce mensonge avec une froide politesse, il essaie de dégager sa main avec une faiblesse désespérante.

- Unhg! Tout... Tout le plaisir est pour moi, Laurens...

Je le lâche enfin, et je pense en me retenant de rire que j’ai remporté ce petit duel « haut la main »! Je reprends d’une voix naturelle et hautaine comme si rien ne s'était passé, ignorant au passage le regard assassin que me lance Desmond:

- Bon, nous devons signer un contrat si je ne m’abuse?

 

 

Merci Shiyu pr ton commentaire^^ j'étais toute émouvée en lisant! ça fait vraiment plaisir de voir que ce qu'on fait plait! Pis ne t'en fais pas, le blog n'a pas été crée il y a très longtemps, tu n'as pas raté grand chose! ^^

BizOUx!

Naya.

 

Merci Shiyu, je ne vais pas redire ce qu'a dit naya, mais je le pense, ça fait vraiment plaisir, et le tien aussi marie, merci à tout ceux qui nous laisse des petits commentaires sympatoches, ça nous motive et nous pousse à continuer...

bisous à tous

Jordane

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• Partie 8 • Jordane • Une nouvelle amie  posté le mercredi 16 avril 2008 09:17

Ca y est, il est 20 heures. Maria vient de partir et j’attends Tess, mais je suis nerveuse, car j’ai invité cette jeune femme que je connais depuis seulement un mois à passer la nuit chez moi, pour me faire une amie dans ce monde si dur qui m’entoure depuis toujours. Je n’ai pas réfléchi avant. C’est probablement parce que j’ai senti qu’elle n’est pas comme les autres, cependant, comment va-t-elle réagir à la découverte de mon chez moi, de voir qu’une simple assistante sociale peut se payer une telle bâtisse? Elle va forcément se poser des questions sur tout ça et je ne peux pas lui mentir. Si je veux qu’elle soit vraiment une amie, il faut commencer par ne rien se cacher... Mais par la suite, dans ce cas peut-être ne restera-t-elle mon amie que pour mon argent? Avec ce qu’il m’est arrivé ces derniers temps je commence à croire que ma faculté à sentir les bonnes personnes me fait faux bond.

La sonnerie de la porte me sort de mes pensées, il est 20 heures 10 minutes, je me dirige vers la porte et mon cœur bat aussi vite que si je recevais pour la première une petit ami lors du grand soir !

-« Oh, bonsoir Tess ! »

-« Bonsoir, Sam, ça va c’est bien ici, je ne me suis pas trompée d’adresse ! »

-« Entre, je t’en prie, mais pourquoi dis-tu ça ? »

-« Quand j’ai vu que j’entrai dans un quartier aussi chic et vu l’ampleur de ta demeure, je me suis dis que ça ne pouvait pas être ici ! »

-« Pourquoi ça ? »

-« Oh! Je ne voulais pas t’offenser, désolée, je suis maladroite parfois, c’est juste que je pensais que tu vivais en appartement, d’après les conversations que nous avons pu avoir au centre... »

-« Oh ! Non ne t’inquiète pas, je ne me suis pas sentie offensée! J’ai également un appartement en effet, mais tu sais nous avons beaucoup de choses à apprendre l’une de l’autre. »

-« Oui, tout à fait. Alors c’est ton chez toi ? Rien que ton entrée doit faire presque la moitié de mon appartement ! »

-« Oh, oui c’est normal moi aussi la première fois j’ai eu la même impression, puis après on s’y habitue ! C’est ça le luxe on s’habitue vite. »

Je ris. Elle rit aussi :

-« Je connais cette réplique, elle vient d’un film n’est-ce pas ? »

-« Oui, tu aimes le cinéma ? »

-« Oui, j’aime assez ça ! Mais je ne suis pas une experte et je déteste par-dessus tout les films d’horreur ! »

-« Oh ! Eh ! Bien ce n'est pas grave, au moins tu connais tes classiques ! Et que penses-tu de Johnny Deep ? »

-« Il est craquant, et joue pas mal mais je serais plus du style Brad Pitt ! Mais mon truc c’est plus le patin à glace, je préfère ça à l’obscurité des salles de cinéma à vrai dire. »

Tout en papotant, je lui propose de lui montrer la chambre dans laquelle elle passera la nuit, elle accepte et me suit à l’étage.

-« Voilà ! »

-« Whaou ! Mais elle est immense cette chambre, elle doit être aussi grande que mon salon, et j’adore la déco. Oupss, je me suis laissée aller, désolée. »

-« Ce n’est pas grave, ne t’inquiète pas. Ca te dirai que je te fasse visiter le reste de la maison ? Ca ne devrait prendre qu’environ deux petites heures ! » Rires.

-« Oh ! Mais c’est juste le temps que j’aie devant moi avant de reprendre ma limousine, je repars ce soir à Hawaï en jet prive ! » Rires.

-« Eh ! Bien nous ferions mieux de commencer tout de suite dans ce cas ! »

-« Allons-y ! »

Nous visitons la maison, Tess est émerveillée, comme un enfant à qui ont offrirait un cadeau, par les différentes et nouvelles pièces qu’elle découvre. Elle a du mal à y croire, la piscine, le jardin…

C’est merveilleux, car la voir ainsi me rappelle la première fois que j’ai visité cette maison, j’ai eu exactement les mêmes réactions qu’elle. Une demi-heure plus tard, familiarisée avec la maison, je lui propose de dîner.

-« Oh ! Il est presque 21 heures, et avec tout ça je meurs de faim, pas toi ? »

-« Si ! »

-« Bon, alors allons manger ! Pour ce soir au menu rien de bien compliqué, des pizzas maison. Eh ! Oui comme je ne te connais pas encore, ni tes goûts j’ai fait un truc que tout le monde aime. »

-« Désolée de te décevoir mais tu es tombée sur la seule personne qui n’aime pas les pizzas ! »

-« Quoi ! C’est vrai ? »

-« Non, je plaisante, j’adore ça ! »

-« Ouf ! Pendant un moment j’ai eu peur !  Qu’est ce que tu dirais de mettre un peu de musique de fond, Tess ? »

-« Pourquoi pas ! »

-« Je sais, tu vois le meuble là-bas ? »

-« Oui. »

-« Eh ! Bien regardes dedans, il y a plein de CDS, et sors ceux que tu voudrais écouter, moi je vais chercher ce qu’il faut pour se faire un petit plateau télé, et installes-toi, surtout tu fais comme chez toi ! »

-« Euh ! D’accord, merci ! »

Je me dirige à la cuisine chercher ce qu’il faut, je prends un grand plateau, y mets deux assiettes, des couverts, deux verres, une bouteille d’eau plate et gazeuse, et pré-découpe la pizza de Maria, puis rejoint Tess dans le salon.

-« Tess, je t’avais dit de t’installer. »

-« Je sais, mais… »

-« Il n’y a pas de mais qui tienne, je veux que tu sois à l’aise, alors fais comme chez toi, s’il te plait. »

-« Très bien, je m’assoie. »

-« Oh ! Pour accompagner la pizza, j’ai pris de l’eau, vu que les femmes enceinte n’ont pas le droit à l’alcool, mais si tu désires autre chose dis-le-moi ? »

-« Non, de l’eau c’est très bien ! Je t ‘assure ! »

-« Tu as choisi de la musique ? »

-« Oui j’ai posé les CDS sur le meuble ! »

-« Parfait, je vais nous mettre ça ! »

Je met les CDS dans la chaîne-hifi puis vient m’asseoir dans le fauteuil face à Tess, nous sert un verre et une part de pizza. Tout en mangeant, nous faisons plus ample connaissance, on se parle de tout puis de rien et vient le moment que je redoutais.

-« Mais, dis-moi Sam, tu n’as pas de petit ami ? »

-« Eh ! Bien c’est une histoire longue et compliquée, en résumé, il est décédé ! »

-« Quoi, je m’excuse, je suis idiote ! Toutes mes condoléances. »

-« Merci, mais je ne t’en veux pas, tu ne pouvais pas le savoir ! »

-« Non, mais quand même ! Et comment comptes-tu…en fait je n’arrive pas a changer de sujet ! Vraiment désolée ! »

-« Ne t’inquiètes pas, après tout, il aurait bien fallu que le sujet se sache un jour. Alors autant tout te raconter ! »

Je commence à raconter à Tess ma vie depuis le début, mon adolescence, mon héritage et Tye… A la fin de mon récit, une heure s’était écoulée.

-« Oh ! Sam, comme je suis tellement désolée pour toi, tu as eu une vie si dure ! Jamais en te voyant au centre ou ici depuis mon arrivée, je n’aurais imaginé une telle histoire ! »

-« Oui, c’est le but de ne pas me découvrir, et je ne pensais sincèrement pas te dévoiler des choses aussi personnelles dés le premier soir, mais te parler m'a fait tant de bien, je ne te connais que depuis quelques semaines mais déjà j’ai une grande confiance en toi et je t’apprécie réellement ! Oh ! Mais quelle bavarde je fais, j’espère que je ne suis pas trop soûlante ? »

-« Merci, je suis très touchée, mais ne t’inquiète pas, moi aussi j’ai dû te paraître bavarde lors de mes visites au centre ? »

-« Non, tu sais c’est mon travail, et puis si tu avais été juste une des filles que j’aide au centre et que je ne t’appréciais pas autant jamais je ne t’aurais pas invitée chez moi. Mais je ne t’ai pas vue ainsi, j’ai tout de suite senti que tu n’étais pas comme les autres »

-« Ah Bon? Pourquoi ? »

-« Je n’en sais rien, tu sais ces choses là ne s’expliquent pas ! En tout cas merci d’être venue, ta présence me fait beaucoup de bien ! »

-« Je suis vraiment émue ! »

Tess avait les larmes aux yeux, puis se mit à pleurer, je me lève et m’agenouille face à d’elle.

-« Tess, qu’est-ce qui ne va pas ? »

Elle pose ses mains sur son visage pour que je ne la voie pas pleurer, et reste sans voix. Je me relève et la prends dans mes bras, je sens ses bras m’enlacer à leur tour. Nous restons quelques instant dans les bras l’une de l’autre, comme un mère étreigne sa fille lorsque qu’elle la soutient dans les moments difficiles, comme je l’ai vu dans les films à la télé. Soudain, elle parvient à articuler.

-« Excuse-moi, Sam mais ce que tu m’as dis m’a rappelé ma dispute avec mon meilleur ami, Kyle, ce matin. »

Je lui fais un signe de tête et elle comprend que je ne lui en veux pas, puis, je la pousse à me raconter son histoire. Nous décidons de changer de pièce, et de nous installer dans le patio prés de la piscine, s’allongeant côte à côte dans le grand canapé, d’où, l’on peut voir le ciel étoilé à travers le toit vitré. Puis on continue à discuter, quand soudain je baille, il est à présent quatre heures de matin, après une consultation mutuelle, nous  montons nous coucher.

-« Je veux simplement te dire, Tess, demain matin, si tu es réveillée, tu fais comme chez toi, tu fouilles si tu as besoin de quelque chose, tu ne te gênes surtout pas ! D’accord ? »

-« Je vais essayer. J’ai vraiment passer une bonne soirée, merci Sam ! »

-« Merci, moi de même, je te souhaite une bonne nuit Tess. »

Elle s’approche de moi, et me prend dans ses bras, pour me souhaiter bonne nuit.

-« Je suis désolée, ce n’est pas dans mes habitudes, normalement je suis assez réservée et timide, mais avec toi je me sens bien, tu avais raison, il y a quelque chose entre nous qui est en train de se nouer. » Me dit-elle ensuite.

-« Oui, je sais et je trouve ça vraiment super. »

-« Moi aussi, bonne nuit Sam. »

Je lui rends son « bonne nuit » dans un souffle puis rejoins ma chambre ou je succombe bien vite au bras de morphée.

Le lendemain matin, Maria vient me réveiller à 10 heures.

-« Samantha, réveillez-vous, un certain monsieur Watts veut vous parler. »

-« Hum ! Quelle heure est-il ? »

-« 10 heures passées, madame. »

-« Très bien, dites-lui que je le rappellerais un peu plus tard. »

-« Je veux bien, mais le problème c’est qu’il attend dans le hall d’entrée. »

-« Quoi ? Maria, il fallait me dire qu’il était ici ! »

-« Mais je vous ai juste dis qu’il voulait vous parler, je ne vous ai jamais dis qu’il était au téléphone. C’est vous qui avez pensé cela ! »

Je me lève en cinq secondes, plus réveillée que jamais et descends.

-« Inspecteur Watts, bonjour. »

-« Samantha, désolé de vous réveiller ! »

-«  Ce n’est rien, vous avez très certainement une bonne raison. »

-« Oui, en effet j’ai deux bonnes et une mauvaise nouvelles à vous annoncer. »

-« Je vous écoute mais commencez par les bonnes nouvelles, s’il vous plait. Vous prendrez bien un café ? »

-« Oui, avec plaisir. »

-« Entrez, je vous en prie. »

Quand nous entrons dans la cuisine, Tess descend l’escalier au même moment et nous rejoint, Maria nous sert le petit déjeuner.

-« Inspecteur Watts, je vous présente une amie, Tess. »

-« Enchanté, Madame. »

-« De même, inspecteur. »

-« Excusez-moi, pour cette question qui peut paraître stupide mais puis-je parler ouvertement devant votre amie et votre domestique ? »

-« Oh ! Oui évidemment, elles sont au courant, c’est d’ailleurs les seules personnes qui le sont. »

-« Très bien ! Dans ce cas, la bonne nouvelle c’est que nous avons empêché un nouveau meurtre d’Alexander. »

-« Oh ! Qui voulait-il tuer cette fois ? »

-« Eh ! Bien c’était votre mère ! »

Je manque de m’étouffer en avalant une gorgée de mon verre de jus d’orange. Tess et Maria surveillent ma réaction, et Tucker Watts aussi, il redoutent certainement que je ne refasse un malaise.

-« Je vous demande pardon ? »

-« Oui, donc nous l’avons arrêté alors qu’il rendait visite à votre mère et à tenté de l’étouffer. »

-« Donc, vous l’avez arrêté ? »

-« Oui, voici les deux bonnes nouvelles, votre mère va bien, ne vous inquiétez pas et Alexander Redfoot est derrière les barreaux. »

-« Mais c’est formidable ! Et je suis contente que ma mère aille bien. »

-« Oui, en revanche, la mauvaise nouvelle est que vous allez devoir affronter cet homme lors de son procès ! »

Watts m’explique comment se déroulera l’affaire devant le juge, ce que je vais devoir faire à la cour etc… Mais la seule chose qui m’importe est que Redfoot paye enfin pour tout ce qu’il a fait. En ce qui concerne ma mère, qu’elle aille bien est réjouissant, mais je ne retournerai pas la voir pour autant, elle a été bien trop cruelle à mon égard.

Watts reste encore une petite demi-heure puis rejoind Turner au poste pour une autre affaire, mais il me tiendra au courant. Une fois que je l'ai raccompagné à la porte je rejoins Tess et Maria dans la cuisine et saute de joie.

-« Je suis contente que cette mésaventure finisse bien, madame. »

-« Oui, moi aussi, Sam ! »

-« Oh ! Mais c’est loin d’être fini, mais savoir que ce pourri va payer, c’est le plus beau jour de ma vie. »

Ma joie de vivre remplit toute la pièce, Tess et Maria ont la sourire rien qu’en me regardant.

« Maria, Tess, je suis tellement heureuse que j’ai envie de sortir que diriez-vous, si nous allions faire du shopping au centre commercial et manger au restaurant ce midi, c’est moi qui invite. »

« Ah ! Oui, et qui va faire le ménage ? »

-« Maria, pour une fois ! Tess j’espère que tu ne comptais repartir tout se suite au moins ? »

-« Non, je pensais repartir dans l’après-midi. »

-« Parfait, alors vous êtes partante ? »

-« Oui, ça nous changera les idées. »

-« Le ménage attendra demain Maria ! »

-« Si vous insistez, Samantha. »

Et nous voilà en route, Tess et moi allons prendre une douche et nous habiller, tandis que Maria débarrasse la table du petit déjeuner et monte se changer. Vers 11 heures 30, nous sommes en voiture toutes les trois pour le centre commercial.

Ce centre est plus qu’en centre commercial, il s’étale sur quatre étages, avec toutes les boutiques de luxe, vêtements, bijouteries, parfumeries, restaurants, glaciers, boutiques spécialisées etc… C’est comme un centre ville à lui tout seul. Juste à la sortie du centre, sur la droite il y a un autre immense bâtiment ou se trouve un bowling, une patinoire, une piscine, une piste de karting et salles de jeux de billards ou autres. On est vendredi, alors le centre est quasiment désert, c’est super, nous visitons en quelque sorte et faisons du lèche-vitrines sans pour autant avoir l’intention d’acheter, pour l’instant.

Enfin vers 12h45 nous allons manger chez les Woo-zi-moo, un restaurant chinois qui semble très appétissant de part son odeur et ses couleurs.

Le repas est en effet délicieux, un régal pour les papilles. Nous décidons de marcher un peu pour digérer, Tess voit dans une vitrine quelque chose qui la fait s’arrêter et Maria va voir pour acheter une montre pour l’anniversaire de son mari.

-« Tess, qu’est-ce que tu as ? »

-« Rien, je regarde juste ces patins, car les miens seraient bons à changer, ils sont magnifiques mais bien trop chers. »

-« C’est vrai qu’ils sont jolis, tu patines ? »

-« Oui, pas toi ? »

-« J’ai patiné mais pas vraiment sur la glace, il m’arrivait de faire un peu de roller de temps à autre, mais je ne suis allée qu’une fois à la patinoire, j’en ai un bon souvenir. Oh ! Regardes Maria nous appelle. »

-« Madame Samantha, Madame Tess, excusez-moi de vous déranger mais j’aimerais que vous m’aidiez à choisir une montre pour mon mari. »

-« Mais bien sur, avec plaisir Maria. » Répond-on en cœur.

-« Elles sont vraiment très belles, mais aussi très cher ! »

-« Oui, c’est normal nous sommes dans la boutique Quartier, Maria, se sont des montres de luxe. »

-« Oh! Dans ce cas, je vais aller dans une autre boutique. »

-« Non, non Maria. Vous savez quoi, on va en choisir une, et je payerai la moitié avec vous. »

-« Quoi, madame mais c’est hors de question ! »

-« Maria, c’est un ordre pas une proposition, et arrêtez de m’appeler Madame, Je m’appelle Samantha ! »

-« Oui, je sais mais j’ai du mal, vous êtes vraiment trop bonne, Madame. »

-« Mais non autant faire plaisir au gens qu’on apprécie tant qu’on le peut, et puis ceux qui vous rend heureuses mesdames, me rend heureuse. Vous êtes pour moi des amies, un peu comme la famille que je n’ai pas vraiment eu, alors je tiens à vous faire plaisir et à ce que vous ayez une belle vie. »

-« Madame, euh Samantha, c’est très touchant, je suis sincèrement touchée. Merci »

-« Oui, moi aussi, Sam. »

-« Il faudrait que j’aille aux toilettes, je vous laisse regarder ces montres en attendant et je reviens, à tout de suite ».

-« A tout de suite. »

J’ai une idée en tête et aucune envie d’aller aux toilettes, je rentre dans la boutique ou se trouvent les patins et me dirige vers un vendeur.

-« Bonjour, je voudrais acheter les patins en vitrine s’il vous plait ! »

-« Je suis désolé, ils sont déjà réservés. »

Je regarde et vois effectivement une étiquette dessus.

-« Vous n’avez qu’une seule paire de ce modèle ? »

-« Oui ! Nous vendons à l’unité chaque paire ! C’est notre devise, « Nous vous garantissons un modèle unique. » Mais vous avez d’autres modèles dans tout le magasin ! »

-« Je sais mais c’est ceux-là que je veux ! »

-« Oui, mais c’est trop tard ! »

-« Faites un effort, il n’y a pas un moyen de s’arranger ? »

-« Pour qui me prenez-vous ! Mais si vous voulez vraiment, dans votre malchance vous avez de la chance, voyez avec le client qui est la-bas, c’est lui qui les a réservé. »

Je file vers cet homme, et lui demande gentiment s’il veut bien me cèder ses patins. Il me regarde avec un air hautain et je crains sa réponse, comme bien entendu elle est négative, mais plus déterminée que jamais, je sors mon porte-feuille et lui annonce que son prix sera le mien. Au début, il me rit au nez, croyant que je suis une petite joueuse, mais en voyant les gros billets que je sors, il cesse de rire et même de sourire et nous fixons un arrangement. De retour devant le vendeur, je lui fait emballer les patins de Tess, j’en prends également une paire pour moi et une pour Maria plus de bon marché, étant donné que l’on s’en servira moins, et lui signale que je les reprends tout à l’heure lui laissant un pourboire conséquent, malgré sa conduite peu aimable.

-« Excusez-moi, il y avait la queue aux toilettes, alors avez-vous trouvez quelque chose ? »

-« Oui, nous aimons bien celle-ci . »

-« Oui, elle est jolie ! »

-« Vous prenez celle-là Maria ? »

-« Oui, je pense. »

Nous faisons un dernier tour et prenons celle convoitée. Puis on retourne faire un petit tour, je m’achète quelques tenues décontractées, jeans et tops avec de nouvelles tennis, je pris également deux nouveaux tailleurs et une paire d’escarpins. Tess achete juste une tenue de grossesse pour les mois à venir et Maria une petite robe pour l’anniversaire de son mari.

Je charge un coursier de porter cela à la voiture, puis en attendant, propose de manger une glace chez James’ices mon glacier préféré.

-« Ah ! C’est rafraîchissant. Alors qu’avez-vous envie de faire à présent mesdames ? »

-« Pour ma part, je crois que j’ai assez dépensé. » Dit Maria.

-« Oui, moi aussi. »

-« Donc vous voulez rentrer ? Et moi qui voulait vous proposer d’aller patiner, pour que Tess nous montres ses talents ! »

-« Oh ! Mais je ne sais pas patiner, moi mais je serais partante quand même, après tout il y à un début à tout ! »

-« Oh lala ! Sam, je ne sais pas si enceinte je serait au mieux de ma forme ? Mais Maria, je serais heureuse de vous aider à patiner »

Nous rions toutes trois et nous levons. Je feins de passer aux toilettes et leur laisse les clés de la voiture, mais je passe prendre les paires de patins.

-« Mais, Sam c’est quoi tous ces paquets ? »

-« Un cadeau pour toi, Tess ! Et pour vous aussi Maria. »

-« Tu n’as pas osé ! »

-« Samantha, vous êtes vraiment incorrigible ! Merci, mais il ne fallait pas ! »

-« Allez ouvrez vos paquets et cesser de geindre. »

Quand Tess ouvre son paquet et voit ses patins, je vois dans ses yeux comme une étincelle, les larmes lui montent aux yeux tellement elle est émue. Elle me saute au cou et me serre dans ses bras.

-« Sam, tu es folle, il ne fallait pas. »

-« Mais , regardes, tu es tellement heureuse comment peut-on passer à côté d’un bonheur pareil. »

Maria, nous regarde avec le sourire, elle ne connaît Tess que depuis ce matin et déjà a sympathisé, Tess est vraiment une personne hors du commun et je l’ai su la première fois que je l’ai vue. Je n’ai plus qu’elle et Maria, mais je ne ressens pas le besoin d’avoir quelqu’un d’autre près de moi.

Comme je l’ai proposé nous allons à la patinoire, ou Tess fait des prouesse malgré le début de sa grossesse, elle n’a aucun soucis à se faire nous sommes Maria et moi bien loin de son niveau. Il est 19 heures, nous avons pris des repas à emporter pour Maria et son mari, et pour Tess et moi, elle reste une nuit de plus chez moi et nous raccompagnons Maria chez elle.

-« Au revoir, mademoiselle Tess, merci beaucoup Samantha, pour cette journée, vous êtes vraiment une personne formidable, vos grands-parents auraient été fiers de vous ! »

-« Merci, Maria je suis très touchée. »

C’est vrai cette phrase me va droit au cœur, surtout que je n’ai pas réellement connu mes grands-parents, et qu’il étaient apparemment des personnes d’exception.

-« Je suis d’accord avec Maria, Sam ! »

-« Merci, Tess. »

En rentrant, nous déchargeons la voiture, et mettons le dîner à réchauffer. Vers 21 heures nous décidons de monter prendre un bain chacune, et nous rejoignant dans le salon une heure plus tard, pour voir le film Titanic, visiblement épuisées par notre journée, nous nous endormons avant le naufrage. Réveillée par la voix de Céline Dion, je réveille Tess et lui propose de monter nous coucher.

Il est 1h30, et vers 9 heures le lendemain matin, je rejoins la cuisine au Maria a préparé le petit déjeuner, Tess vient tout juste de descendre elle aussi, nous nous saluons, et prenons le petit déjeuner. Maria nous raconte sa soirée pour l’anniversaire de son mari et me remercie de sa part et de la sienne encore une fois. Il était 10 heures à présent.

-« Tess ça te dirait de piquer une tête ? »

-« Oh ! Oui pourquoi pas, mais je n’ai pas de maillot de bain ! »

-« Ne t’inquiète pas on va bien t’en trouver un. »

Le temps est radieux, le soleil entre par tous les coins de la maison, j’ouvre le toit de la piscine le temps que l’eau soit encore meilleure nous montons nous changer. En redescendant, je propose à Maria de venir.

-« Vous plaisantez, Samantha, je n’ai déjà rien fait de la journée d’hier, alors aujourd’hui je fais ce que je dois faire. »

-« Très bien, ne vous énervez pas ! »

Nous rimes et Tess et moi allons nous prélasser dans la piscine, d’ou nous sommes , on peut voir les jardins et les deux jardiniers, John et William à l’œuvre.

-« Tu as vraiment un domaine splendide, Sam ! »

-« Oui, je trouve aussi, jamais je n’aurais imaginer qu’un jour je vivrais ainsi. »

-« Je te comprends. »

-« Samantha, Tess que désirez-vous manger ce midi ? »

-« Je ne sais pas Maria faites-nous un plan dont vous avez le secret. »

-« Oui, Maria épatez-nous avec une de vos recette mexicaine ! »

-« Bien, mesdames. »

-« Tess, comment sais-tu que Maria est mexicaine ? »

-« Eh ! Bien, c’est quelqu’un de très gentil, nous avons discuté tu sais, tu as vraiment une domestique remarquable. »

-« Oui, je sais c’est pour cela que je la traite ainsi, a vrai dire c’est plus une amie qu’une domestique. »

-« Oui je te comprends. »

-« Mais au fait tu sembles de meilleure humeur, et avoir oublié tes problèmes. »

-« C’est parce que Kyle m’a appelée hier, en s’excusant. Alors je pense que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes maintenant. »

-« Je l’espère, Tess, sincèrement. »

Nous restons là jusque midi et demi, puis décidons de manger sur la terrasse du patio, en invitant Maria, John et William à se joindre à nous. Nous passons un très bon déjeuner, et vers 14 heures chacun reprend sa tache, Tess et moi prenons une douche et nous habillons. J’ai envie de faire un gâteau, et Tess veut m’aider, alors on décide de faire des crêpes pour le goûter et un tiramisu pour le dessert de ce soir. Je veux faire un grand repas, alors j’invite Maria et son mari, John, william et leurs compagnes. Tess et moi préparons le dîner quand le téléphone sonne. Je reviens dans la cuisine et explique à Tess que c’était Watts qui me donne les consignes et le date du procès. C’est mercredi à 13 heures, après ça tout sera fini, je pourrais être en paix.

-« Mercredi soir tu m’appelleras si ça ne va pas ! »

-« Oui, bien sur, mais au contraire je pense que je serai soulagée. »

-« Tu verras. »

-« Oui, mais au faite pendant que j’y pense, et pour changer de sujet, dans une semaine exactement tu fais quoi ? »

-« Samedi prochain tu veux dire ? »

-« Oui. »

-« Rien, je crois. »

-« Voudrais-tu m’accompagner à la soirée du centre qu’organisent mon patron pour récolter des fonds, il y aura pas mal de gratin, et je voudrais avoir une amie prés de moi. »

-« Tu sais moi les mondanités, c’est pas trop mon truc. »

-« S’il te plait, Tess dis-oui ! »

-« Je sais pas trop »

-« Allez, il y aura peut-être de beau garçon riche, qui sait ! »

-« Justement, j’ai donné, je te remercie ! »

-« C’est vrai désolée, je suis maladroite parfois ! Mais vient s’il te plait, je ne sens pas le courage d’affronter ça toute seule, et je n’ai que toi ! »

-« Oh ! Tu me culpabilise là, très bien je viens, mais à une seule condition ? »

-« Laquelle ? »

-« On va faire du shopping vendredi, pour en mettre plein la vue aux mecs friqués, pour qu’ils voient ce qu’ils n’auront pas ! »

-« Oh ! Tess, je ne te croyais pas comme ça ! Mais Je suis partante »

Nous continuons à préparer notre dîner et Tess monte rassembler ses affaires, car il faut bien qu’elle reparte chez elle, c’est dommage d’ailleurs. Pendant ce temps je vais m’allonger sur une chaise longue au soleil. Maria part plus tôt pour se préparer et étant donné qu’elle n’a pas de dîner à préparer. Tess ma rejoint et nous discutons le reste de l’après-midi. Je lui propose de monter jouer dans le salle de jeux, façon casino, en attendant les invités, nous avons tout préparé, l’apéritif, la table, tout était parfait, il ne manque rien.

Nous jouons une petite heure quand les premiers invités arrivent vers 20 heures 30, suivit d’une dizaine de minutes plus tard par les autres. Nous buvons l’apéritif et passons à table vers 22 heures. Tess et moi faisons le service, il est hors de question que mes invités se lèvent. Nous mettons de vieux tubes en musique de fond. Nous ne nous connaissions pas vraiment tous, mais le dîner est pourtant très agréable.

-« J’éspère que personne ne sera malade demain, sinon il faut vous en prendre a Tess. »

-« Tu n’est pas gênée, tu étais là aussi ! »

-« Oui, mais quand le téléphone à sonné, je t’ai laissée seule ! »

Le dîner continua dans la décontraction et la simplicité. On boit, sauf Tess, on mange, on discute, on rit. En voyant ça, je me dis que je devrais faire ça plus souvent. Tout le petit monde partit sur les coups de 1 heure du matin. Tandis que moi je range un peu, fais la vaisselle et nettoie avant de monter me coucher.

Je passe une bonne nuit et un dimanche relaxant, j’ai donné leurs journée à Maria, John et William. Je finis de nettoyer , et me prélasse dans la piscine, bronze et me repose.

Le lendemain matin, je rend visite à Nathan, mon patron, pour lui faire part de l’avancement de l’enquête et le prévenir de mon retour prochain dés la fin du procès.

-« Nathan, je voulais aussi vous dire, que je viendrais vous aider jeudi et samedi après-midi pour l’organisation de la soirée. »

-« J’y comptais, bien c’est la question que j’allais te poser, car nous ne pouvions pas annuler cette réception, ni la faire sans toi ! »

-« Si, si je n’étais pas là, il aurait fallu que tu le fasses quand même ! »

-« Ca, ce n’était même pas envisageable. J’aurais tout annulé ! »

-« Tu exagères ! »

-« Non, je suis sérieux, Sam ! »

-« Oh ! »

-« Donc tu m ‘appellera jeudi pour me tenir au courant d’accord ? »

-« Non, je te raconterais l’après-midi. »

-« Ah ! Oui. »

-« Bon, je vois que tu as du travail, je te laisse. »

-« Oui, merci et reposes-toi bien ! »

-« Merci et bon courage. »

-« Merci. »

Je rentre et discute un peu avec Maria de son dimanche, et de l’impression qu’a eu son mari sur moi. Puis fais de même avec William et John. Il semble que tout le monde a apprécié ce dîner autant que moi.

A présent j’attends mercredi avec impatience mais anxiété aussi.

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• Partie 9 • Naya • Illusions d'amour  posté le dimanche 20 avril 2008 10:54

 

 

Je regarde Colleen et Kasey qui discutent des modèles de la collection. Ils ne m'ont pas vu entrer dans la salle de réunion et j‘en profite pour les observer sans me faire remarquer. Les autres mannequins engagés par Kasey sont là aussi, mais je n'ai d'yeux que pour Colleen. Pitié, que quelqu’un vienne m‘en coller une pour que je me ressaisisse! Je lui en veux, je le sais. J'ai encore cette rage au fond du cœur que je contiens depuis trop longtemps. Je lui en veux, oui, mais bon sang... elle m'attire! Elle sourit et ses yeux pervenche s'illuminent. Elle est penchée sur les croquis et je me surprends à la détailler avec envie. Mon regard glisse sur son dos, ses hanches... Je vérifie que personne ne me voit reluquer avec avidité mon ex-fiancée... et je m’aperçois qu’il y a désormais six paires d’yeux rivés sur moi. Pour la discrétion, je crois que c’est foutu! Autant assumer ma réputation de Playboy, j’adresse un sourire charmeur à chacune des grandes filles minces et racées qui me fixent avec de grands sourires ravis. Les prédateurs sont de sortie... Je me sens comme une petite proie lâchée dans une cage de fauves! Habituellement, je dois avouer que le prédateur, c’est moi. Mais évidemment, quand on est un des célibataires les plus riches de la planète et pas trop mal fait de sa personne de surcroît, j’imagine qu’il faut bien s’attendre à être traqué de temps en temps.

- Bonjour mesdemoiselles!

Elles me répondent toutes mais seule sa voix parvient vraiment jusqu’à moi...

- Bonjour Kyle!

Elle m’adresse un magnifique sourire, un de ceux qu’elle me réservait autrefois. J’ai des réminiscences. Des images d’elle en train de rire d’une de mes mauvaises plaisanteries...

Elle, assise sur mon lit avec un de mes t-shirt trop large pour son corps si mince, les yeux cernés de rimmel et les cheveux emmêlés... Elle, me disant qu‘elle m‘aime plus que tout... Elle, endormie tout contre moi, mon bras intimement serré autour de sa taille, son visage enfoui au creux de mon cou... Elle, m’embrassant et me murmurant des tonnes de « oui » après que je lui ai demandé de devenir ma femme... Elle, m’annonçant qu’elle me quittait et me rendant la bague... Elle, affichée en première page des journaux à scandales au bras de Desmond... Moi, seul et pitoyable. Enfermé dans le noir absolu de ma chambre dont je n’ouvre plus les volets, allongé dans les draps qui portent encore son parfum, recroquevillé sur moi-même. J’ai pleuré, je ne m‘en souviens que trop bien. Je ne réponds pas à son sourire et me tourne vers Kasey pour lui demander:

- Tu as reçu le carton d’invitation pour un gala qui a lieu samedi soir?

- Non, rien du tout. ment-il en feignant la surprise.

Il n’a jamais su mentir avec conviction et ne saura sans doute jamais, tant mieux pour moi! Je sors ma propre invitation de la poche de mon pantalon.

- Pourtant Lucy l’a déposé sur ton bureau. Enfin, ça n‘a pas d‘importance, j’ai le mien! J’ai confirmé aux organisateurs que nous viendrions, j’étais certain que tu dirais oui. dis-je sur un ton qui n’admet aucune réplique.

- Ah, euh...

Il réfléchit puis son regard devient soudain étrangement lumineux.

- Oui.

Puis il demande avec un sourire faussement innocemment qui me laisse présager qu’il prépare un mauvais coup:

- On peut venir accompagné?

- Oui, pourquoi? Tu comptes amener quelqu’un?

Il se tourne vers Colleen et lui propose avec un grand sourire:

- Mademoiselle Matteson, voudriez-vous m’accompagner à un gala de bienfaisance samedi soir?

Oh non... Elle réfléchit un quart de seconde avant d’accepter.

- Avec plaisir Kasey!

Je lance un regard à mon idiot de meilleur ami qui veut dire: je vais t’arracher la tête, Kasey, meilleur ami ou pas, attends-toi à morfler sévèrement... Je ne m’attarde pas et lance en tournant rapidement les talons:

- C’est parfait alors!

Je referme la porte sans la claquer, et pourtant Dieu sait combien j'en ai envie!

- Sale enfoiré de merde!

Un type qui passe là au même moment écarquille les yeux et me regarde comme si j’étais bon pour l’asile.

- Quoi? je lui demande avec agressivité.

- Euh, rien monsieur Laurens.

- Alors qu’est-ce que vous attendez pour retourner travailler?

Il file aussitôt dans son bureau au bout du couloir. Je soupire lourdement en croisant les bras.

- Fait chier!

Je récapitule: on est vendredi, c‘est la fin d‘après-midi et le gala de bienfaisance a lieu demain soir. Il me reste encore un jour pour me préparer psychologiquement! Depuis ce qui s’est produit dans la salle de réunion mercredi j'évite soigneusement mon crétin d'associé et sa nouvelle recrue qui s'avère également être, par un concours de malchance, mon ex-fiancée. Je regarde l'heure à ma montre: dix sept heures vingt huit. Bon, Tess a du en finir avec son après-midi shopping, je vais lui passer un petit coup de fil, ça me remontera sûrement le moral. C'est bizarre, je n'ai jamais eu de mémoire pour les numéros de téléphone mais je connais le sien par cœur. Je le compose rapidement et j’attends qu'elle décroche.

- Salut Kyle!

- Salut Térésa!

Térésa est le vrai prénom de Tess, elle déteste qu'on l'utilise et en général je m'en sers pour la taquiner.

- Et moi qui étais contente de t'avoir au téléphone! l'entends-je soupirer.

- Désolé petit ange! J'ai un coup de blues.

- Oh? Qu'est-ce qui se passe?

Entendre sa voix inquiète me fait du bien, ça me rappelle qu'il y a quelqu'un qui pense à moi sur cette terre.

- C’est un peu compliqué. Je ne peux pas te raconter dans les détails. J’avais juste besoin d’entendre ta voix.

- D’accord. En tout cas, j’espère que ça s’arrangera. Je ne peux rien faire pour toi?

- Non, malheureusement!

- J’en suis désolée.

- Ne t’en fais pas! la rassuré-je. Au fait, tu as quelque chose de prévu samedi soir?

- Oui, Sam m’a invitée à l’accompagner à une soirée.

Ce « cher » Sam, ça faisait longtemps que je n’en avais pas entendu parler! Enfin, quelques jours tout du moins! Elle passe de plus en plus de temps avec lui, ça a le don de m’agacer prodigieusement. Je n’en montre rien et je feint d’être soulagé et satisfait.

- Tant mieux! Je vais à une soirée moi aussi, et comme j’ai oublié de te prévenir je craignais que tu ne te retrouves seule!

- Non! Heureusement que Sam est là!

Je marmonne entre mes dents « ben voyons... »

- Qu’est-ce que tu dis?

- Hum, rien du tout! Je disais que j’avais du boulot... C’est tout!

- Ah!

- Ce soir tu vas chez Sam, c’est ça?

- Oui, désolée qu’on ne puisse pas manger tous les deux.

- Je comprends, ne t’en fais pas! Allez, je dois te laisser.

- D’accord. Bon courage! Je t’adore!

Je repose doucement mon portable sur le bureau. Un sensation de vide intense m’envahit. C’est comme ça depuis quelques semaines. Je dois bien l’admettre, je me sens seul. Terriblement seul. Sans même m’en rendre compte je me mets à arpenter mon bureau en faisant les cent pas. Soudain j’entends un bruit de talons. Je me retourne brusquement. J’aurais dû m’en douter, c’est Colleen. Résultat de mes efforts pour l’esquiver depuis deux jours: zéro. Le regard qu’elle pose sur moi est teinté d‘inquiétude et de tristesse..

- C’est nouveau, on entre dans mon bureau sans frapper maintenant? lui dis-je d’un ton agressif.

- J’ai frappé...

- Oh... Je n’ai pas entendu. je balbutie en passant ma main droite sur ma nuque.

- Tu es contrarié. affirme-t-elle.

- Quoi?

- Tu te passes la main sur la nuque. Tu fais toujours ça quand tu es anxieux. dit-elle avec un sourire triste.

Je retire brusquement ma main et croise les bras.

- Qu’est-ce que tu veux, Colleen?

Elle s’approche de moi. Je m’interdis de reculer et on se retrouve à quelques centimètres l’un de l’autre.

- Je voudrais qu’on parle.

Je la regarde dans les yeux mais je ne réponds pas.

- Tu comptes faire ça jusqu’à ce que je parte?

Technique numéro une: faire semblant de ne pas savoir de quoi elle parle...

- Faire quoi?

- M’éviter!

Technique numéro deux: nier et s’entêter tout en sachant pertinemment que c’est perdu d’avance...

- Qu’est-ce qui te fait croire que je t’évite?

Elle a une expression qui veut clairement dire qu’elle trouve que j’ai du culot de dire ça.

- Eh bien, par exemple, en me voyant hier matin tu t’es engouffré à toute vitesse dans un ascenseur qui était sur le point de se fermer! Ta veste s’est même retrouvée coincée entre les portes! s’exclame-t-elle en mettant les poings sur ses hanches.

Technique numéro trois: céder quand on a compris qu’on ne pourra pas fuir la discussion...

Je concède en soupirant:

- Bon d’accord, je t’évite! Mais qu’est-ce que ça peut faire?

- J’en suis malheureuse! s’écrie-t-elle.

Ses yeux se remplissent de larmes... Oh, non! Je n’ai jamais su faire face à une femme en pleurs...

- Que... Colleen...

Mon éloquence me sidère... Brillant, Kyle, vraiment! Et toi qui te targue de savoir parler aux femmes!

- J’aimerais tellement que tu arrêtes d’être aussi froid avec moi. Que tu le crois ou non j’ai changé! Je ne suis plus la Colleen que tu as connu il y a quelques années et j’aimerais que tu le vois! Mais comment le pourrais-tu si tu continues à m’éviter constamment?

Elle sanglote contre ma chemise et moi je suis là, les bras ballants comme un parfait idiot. Suis-je prêt à mettre mon scepticisme et mon cynisme de côté? Elle dit qu’elle a changé... Et si c’était vrai? Moi aussi, j’ai changé. En bien ou en mal, je ne sais pas, mais c’est indéniable. Je ne suis plus le même. Je soupire en refermant mes bras sur elle et je pose mon menton sur sa tête. Je lui murmure:

- Je t’en prie, ne pleure pas...

Mine de rien, je réalise que ce n’est pas désagréable de la tenir à nouveau contre moi. Je respire son parfum qui me rappelle tant de souvenirs. Posant les mains sur ses épaules, je l’écarte doucement de moi. Elle me regarde dans les yeux et je sens mes résolutions fondre comme neige au soleil. Finalement, je ne sais pas vraiment comment, mais sans m’en rendre compte mes mains se mettent à glisser sur ses épaules et ses bras en une lente caresse. Elle ferme les yeux et je penche la tête pour poser mes lèvres sur les siennes. C’était sensé être tendre, pour la réconforter... Je dis bien « sensé » parce qu’au bout d‘un moment, elle se met à se frotter avidement contre moi et je ne peux pas m’empêcher de promener mes mains sur elle! Je ne comptais pas spécialement en arriver là mais bon sang! Qu’est-ce qu’elle peut être provocante, je l’avais presque oublié! Elle gémit et je profite de sa bouche entrouverte pour y glisser ma langue. Elle m’attrape par le col de ma chemise et je la soulève dans mes bras jusqu’au bureau. Ce bureau sur lequel je la dépose tandis qu’elle déboutonne ma chemise de ses mains agiles. Ma chemise et son top finissent au sol à quelques pas de nous. Elle commence à défaire la boucle de ma ceinture et déboutonne mon pantalon. Je sens son souffle contre mon cou qu’elle embrasse. Mes mains caressent la peau douce de sa poitrine, rapidement remplacées par ma bouche. Je souris en me souvenant qu’elle n’a jamais jugé utile de porter un soutien-gorge. Elle caresse ma nuque pendant que je l’allonge sur le bureau avec moi, dégageant d’un geste brusque tout ce qui se trouve dessus. Qu’est-ce que j’ai pu rêver de cet instant... Ce moment où elle reviendrait vers moi, et que l’on se retrouverait comme avant. « Illusion! Ce n’est qu’une illusion... » me murmure ma conscience. Et alors? Je ne suis plus capable de réfléchir, je ne pourrais pas m’arrêter! Je déboutonne son jean et entreprends de le lui retirer délicatement... sauf que je suis un peu trop excité pour être doux! Je peste mentalement contre ces jeans ultra moulants qui sont à la mode, ils sont vraiment durs à ôter! Ah! Ca y est! Elle n’a plus qu’un string en dentelle noire sur elle. Ma conscience tente un vague rappel à la réalité «Qu’est-ce que tu fais, Kyle?». Je ne sais pas vraiment ce que je fais, mais ce qui est sûr c’est que c’est sacrément bon! Je caresse la cuisse de Colleen qui ferme les yeux et soupire de bien-être. Soudain, elle se fige dans mes bras et murmure:

- On a frappé à la porte.

- Hein?

- On a frappé à la porte! dit-elle un peu plus fort en se dégageant fermement.

Ca ferait franchement douteux si on me trouvait allongé sur mon bureau avec mon ex à moitié à poil. Je lui jette un coup d'oeil à la dérobée et je me souviens qu’une des choses que j’avais toujours aimé chez elle, c’était ces choix en matière de sous-vêtements. Elle me lance un regard désespéré pour me rappeler la situation dans laquelle on se trouve et je réagis brusquement. Je ne crois pas m’être jamais rhabillé aussi vite de ma vie. Visiblement la personne derrière s’impatiente et ses coups se font plus bruyants. Colleen ramasse en quatrième vitesse les papiers et les crayons que j’ai fait tomber tout à l’heure. Puis elle s’assoit dans un des fauteuils, l’air de rien. Je me racle la gorge bruyamment et c’est d’une voix un peu trop rauque à mon goût que j’autorise la personne à entrer. La personne en question, c’est Kasey qui débarque avec un grand sourire, qui s’efface rapidement pour laisser place à une expression plus que perplexe. Il regarde d’abord Colleen, recroquevillée dans un fauteuil. Elle pique un fard et baisse les yeux.

- Qu’est-ce... Hum. Qu’est-ce que tu veux Kasey? je demande en essayant de prendre un air décontracté.

- Kyle, je... commence-t-il en se retournant vers moi.

Il me fixe pendant quelques secondes et penche la tête avec un demi-sourire.

- Ta braguette est ouverte.

Et merde...

- Ah, zut alors... fais-je en refermant la braguette en question.

Je jette un rapide coup d’œil à Colleen, elle a l’air en train d’agoniser dans le fauteuil.

- Colleen? je commence d’une voix douce. Tu peux y aller.

- D’accord! s’exclame-t-elle en se relevant d’un bond, visiblement trop heureuse de saisir la perche que je lui tends.

A ma grande surprise, elle m’embrasse sur la joue avant de sortir.

- A plus tard. me murmure-t-elle.

Elle sourit timidement à Kasey et s’en va le plus rapidement possible.

- J’ai interrompu quelque chose, peut-être? demande ce dernier avec un sourire pervers.

- Si tu savais! je souffle en me laissant tomber dans le fauteuil que Colleen occupait.

- Justement, je ne sais pas! Mais j’imagine très bien la scène que je viens de foutre en l’air!

- Merci, lui dis-je d’un seul coup.

- Hein ? Attends, attends! Tu allais t’envoyer en l’air avec Colleen, je vous interromps et tu me remercies?

- Je ne suis pas sûr... Je n’ai pas réfléchi. je murmure en me prenant la tête entre les mains.

- Ah... se contente-t-il de dire en approchant le deuxième fauteuil du mien pour s’y asseoir. Il met une main sur mon épaule et je soupire.

- Tu ne sais pas où tu en es.

- Non. Plus du tout. Je pensais la détester, c’était facile. Mais maintenant...

-Tu as envie d’elle.

Je hoche la tête.

- Il faut que tu fasses une différence entre sentiments réels et simple désir, Kyle.

- Ca s’est terminé de façon tellement étrange entre elle et moi.

- Comme si ça ne finissait pas vraiment.

- Oui et maintenant...

- Elle est de retour. fait-il sur un ton de voix de bande annonce.

Je me sens sourire.

- Ouais et avec des armes redoutables, tu peux me croire! dis-je en fermant les yeux au souvenir de ce microscopique string en dentelle que j’aurais pu lui retirer si...

Kasey me met une tape dans le dos en me souriant gentiment.

- Allez, remets-toi! Tu auras d’autres occasions! Par contre, évitez de faire ça ici, imaginez si vous êtes surpris en train de ... enfin tu vois! fait-il en dodelinant de la tête.

- Hum. Qu’est-ce que tu voulais au fait?

Il se frotte le menton.

- J’ai oublié...

- Tu rigoles? je lui demande en écarquillant les yeux.

- Euh... non. Mais ça va me revenir! se dépêche-t-il d'ajouter en apercevant le regard meurtrier que je lui jette. Peut-être plus tard. Hum, je repasserais!

- Attends!

- Oui?

Je me frotte la nuque.

- Est-ce que...

- Tu veux que Colleen t’accompagne au gala de demain soir, c’est ça? me demande-t-il avec un sourire compréhensif.

Des fois, sa perspicacité m’épate! Je hoche la tête et il fouille dans la poche de sa veste de costume pour prendre son portable et me le lance sur les genoux.

- Son numéro est là-dedans. Prends-le et préviens-la que tu passeras la chercher.

- Merci! lui dis-je en m’exécutant.

Je lui relance son portable qu’il attrape au vol avec un sourire.

- Ne me remercie pas.

Il s’arrête brusquement de sourire et me demande avec un air sérieux:

- Kyle, je peux être franc avec toi?

- Bien entendu.

- Je ne suis pas persuadé que vous remettre ensemble soit la meilleure chose à faire. Enfin, je dis ça mais au fond tout ce que je souhaite c’est que tu sois heureux, parce que t’es mon meilleur ami. Le problème, c’est que je t’ai déjà suffisamment vu souffrir à cause de Colleen... Les erreurs du passé ont souvent tendance à se répéter, alors réfléchis bien.

- Ne t’en fais pas. Merci du conseil.

- De rien. Et...

Soudain il tend les deux mains vers moi, index pointés vers moi, un grand sourire vainqueur sur le visage.

- Je viens de me souvenir de ce que je voulais te dire!

- Ah!

- Je voulais m'excuser d'avoir fait revenir Colleen dans ta vie, mais il est possible que ça ne finisse pas si mal que ce qu'on croyait alors mes excuses sont devenues inutiles!

Je lui souris.

- Ouais!

Je me lève pour récupérer ma veste qui est restée sur mon siège et mettant un bras autour de l’épaule de Kasey je lui propose:

- Ca te dit d’aller boire un verre avant de rentrer chez nous?

- Et comment!

Deux heures plus tard je suis chez moi, tranquillement allongé dans mon canapé. Je réfléchis à ce qui s’est passé avec Colleen et Je suis partagé entre mon envie de me remettre avec elle et ma peur de voir ce qui s’est produit il y a deux ans arriver à nouveau. Je ne veux plus être pris pour un idiot, c’est là ma seule certitude. Elle dit qu’elle a changé. Pourquoi ne pas le vérifier, avec certains avantages en prime? J’ai un frisson en repensant à la scène de tout à l’heure. Je me redresse brusquement en entendant qu’on sonne. Je n’attends personne pourtant. Tess n’est même pas là! Ca doit être Kasey, ça lui arrive de passer chez moi de temps en temps quand il s’ennuie.

- Kas... je commence en ouvrant la porte pour découvrir qu’il ne s’agit pas de mon meilleur ami.

- Salut!

- Colleen! Qu’est-ce que tu fais ici? je demande avec un sourire incertain.

- J’avais envie de te voir.

Elle me fait un sourire timide. Mouais, je ne vais pas me laisser avoir comme ça. Je ne sais pas ce qu’elle est venue chercher mais à mon avis je ne vais pas être déçu! .

- Tu veux entrer? je lui propose en m’effaçant pour la laisser passer.

Elle n’hésite pas une seconde et pénètre dans mon appartement, les mains dans le dos et la mine réjouie. Je l’aide à retirer sa veste et la pose sur le porte-manteau de l’entrée. Elle passe de sa propre initiative dans le salon sans que j’ai le temps de dire « ouf ».

- C’est joli, mais c’est le bazar! remarque-t-elle.

- Tu es venue pour commenter ma façon de tenir une maison? je lui demande en haussant un sourcil, ironique.

- Non.

Elle n’en dit pas plus mais je crois que je commence à comprendre, le regard qu’elle pose sur moi est plutôt éloquent.

- Ah! dis-je simplement.

Je ne suis pas hypocrite, je ne fais pas semblant de ne pas comprendre et je n’ai pas envie de nier... Je la prends par la main et je l’emmène avec moi dans la chambre. J’ai à peine le temps de refermer la porte d’un coup de pied qu’elle se jette sur moi pour me clouer sur le lit...



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